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Politique

Mutation du cadre de débats entre acteurs de la vie socio-politique au Togo avec les réseaux sociaux : Et si Faure Gnassingbé et Gerry Taama donnaient-ils ainsi le ton?

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Le débat politique au Togo a-t-il déserté les plateaux des télévisions et radios pour s’exiler sur la toile ? Longtemps accusé pour son silence sur les grands sujets touchant à la vie de la nation togolaise, Faure Gnassingbé a désormais choisi comme canal d’expression, les réseaux sociaux.

 

Des dialogues maintes fois boycottés par l’opposition en passant par la rumeur sur sa supposée mort lors de son dernier voyage officiel en Israël, le Président de la République togolaise Faure Gnassingbé s’exprime sur tous les sujets en utilisant son profil Twitter et sa page Facebook pour répondre aux critiques de son opposition. Parfois l’homme n’hésite pas à tourner en dérision ses détracteurs politiques pour faire passer ses idées. C’est l’une de ces blagues sur la réelle valeur que représente le Nouvel engagement togolais (NET) de Gerry Taama (photo) qui est à l’origine des échanges les plus vifs jamais enregistrés sur la toile entre hommes politiques togolais.

Le « NEET n’existe que sur le net la politique c’est tout sauf du virtuel le verdict des urnes ramènera l’opposition à la réalité #TOGO #F.E.G », écrivait Faure Gnassingbé sur le profil twitter « FGNASSINGBE » qu’on lui attribue.

À l’image d’une dispute entre un berger et une bergère, la réponse du patron du NET ne s’est pas fait attendre : « De Gerry : @FGNASSINGBE je voulais savoir, vous voulez parler du NET ? ou d’un autre parti qui aurait curieusement notre sigle ? », envoya Gerry Taama à son interlocuteur et à celui-ci de lui rétorquer : « @FGNASSINGBE C’est bien de votre parti le NET, mais avec une “pointe” d’humour ! Excellente journée à vous L’Équipe d’animation ». « De Gerry Taama : @FGNASSINGBE si politique pas virtuelle, que cherchez-vous donc sur Twitter. Lol. Organisez des élections transparentes et on verra #Tginfo », reprit l’ancien officier des FAT aujourd’hui reconverti en politique et dans les affaires.

Quelle est la genèse de ces échanges entre ces deux hommes politiques togolais sur Internet ? Le débat politique est-il désormais transposé sur les réseaux sociaux grâce à la nouvelle génération d’hommes politiques plus ouverts aux nouvelles technologies de l’information ?

Le patron du NET, Gerry Taama a bien voulu répondre à ces quelques questions à lui posées par l’Agence Afreepress. Lire l’entretien.

 

Afreepress : Bonjour Gerry Taama, les internautes suivent particulièrement ces derniers temps vos échanges avec le Chef de l’État sur sa page Twitter. Expliquerez-nous la genèse de ces échanges qui n’ont rien d’amical ?

Gerry Taama : Merci Afreepress pour cette interview. Vous savez, s’il y a des hommes politiques dans ce pays qui sont très présents sur les réseaux sociaux, je fais partie de ceux-là, donc c’est avec plaisir qu’il y a deux mois, j’ai découvert un profil twitter du nom de FGNASSINGBE, qui dès le départ, a précisé qu’il était le compte officiel du chef de l’État, et que les autres qui existaient avant étaient des copies.

En effet, les publications de ce compte étaient souvent dans la confidentialité du chef de l’État, et presque toutes les activités du président étaient immédiatement publiées par ce compte. J’en ai tiré deux leçons. Soit le compte était directement tenu par Faure lui-même, ou il s’agissait d’une équipe d’animation très proche. Ce qui ne changeait rien. Plusieurs présidents ont des équipes qui s’expriment en leur nom sur twitter, et c’est un bon moyen pour rester en contact avec ses compatriotes.

 

Afreepress : Croyez-vous réellement que c’est avec le Chef de l’État lui-même que vous échangez sur Internet ?

Gerry Taama : Comme je viens de le dire, je n’en sais rien. Un profil officiel s’exprime sur Twitter au nom du Président. Les propos tenus sont suffisamment personnels pour émaner soit du président, soit de son entourage immédiat. Tant que la présidence ne dément pas être propriétaire de ce compte, qui donne l’impression d’avoir sa confidence, il faut conclure que c’est de lui dont il s’agit.

Il faut d’ailleurs remarquer que sa page officielle sur Facebook reprend entièrement les twits publiés sur ce profil. Il y a beaucoup de coïncidences tout de même. En réalité, dans ce genre de débat, celui qui est derrière le clavier importe peu. C’est ce que dit le profil qui est censé être officiel. Et pour le moment, le service de communication de la présidence ne dit rien. Je suppose que ça ne saurait tarder.

 

Afreepress : Le « NEET n’existe que sur le net la politique c’est tout sauf du virtuel le verdict des urnes ramènera l’opposition à la réalité #TOGO #F.E.G », lit-on sur cette page twitter qu’on présente comme celle du Chef de l’État him self. Comment avez-vous apprécié cette remarque la première fois que vous l’avez lue ?

Gerry Taama : En réalité, j’ai essayé, autant que faire se peut, d’être courtois dans les échanges, mais il faut croire que le Président est persuadé que toutes les conditions sont réunies pour aller aux élections, et que c’est nous autres, opposition qui refusons de nous y rendre. Je suis peiné d’entendre cela de lui.

Nous lui avons fait comprendre que les élections de 2007 avaient donné pour le RPT, 38 % de suffrage, et 62 % de présence à l’Assemblée nationale, et que c’est le même code électoral qu’on nous imposait en 2012. Je lui ai aussi précisé que Mme Aguigah, qui était député RPT en 2007 dans les Lacs, et qui aujourd’hui est dans la convention des femmes de l’UNIR, se prétendait comme apolitique avec son association, et à ce titre, dirigeait la CENI. Il ne m’a plus répondu.

 

Afreepress : Peut-on dire sans se tromper que le Président de la République togolaise est l’un des Chefs d’État les plus branchés à Internet en Afrique ?

Gerry Taama : Non, Faure Gnassingbé c’est le président le plus déconnecté de l’Afrique, et, disons de l’ouest. Je vais vous donner quelques exemples, par rapport aux présidents de la sous-région. Sur Facebook, John Dramani a plus de 125 800 fans, Yayi Boni en a 16 300, Ouattara plus de 8 700, Compaoré, 12 871, Goodluck Jonathan a 830 400, et Jacob Zuma en a 184 800. En comparaison, Faure en a 5 400. Moi, j’ai 8200 sur ma première page, et 2600 sur la seconde. En fusionnant, je serai au-dessus de 10 000.

Sur Twitter, John Dramani en a plus de 5 200 folloxers, Ouattara, 5 600, Blaise Compaoré 1400, Yayi Boni 920 et Faure 392. De mon côté, je suis à 570. Comme vous le voyez, notre président n’est pas un champion des médias sociaux. Pour un jeune comme lui, c’est plutôt surprenant.

 

Afreepress : Comment le NET compte-t-il aborder les prochaines élections si déjà la présidence la République le « défie dans les urnes » ?

Gerry Taama : Le NET demande au président d’organiser des élections transparentes, ensuite, on verra. De toutes les façons, le NET n’a jamais fait mystère de ses ambitions électorales, à savoir trois ou quatre sièges au parlement, pas plus. Et nous sommes certains d’atteindre cet objectif. Donc, comme nous ne cessons de le faire, nous sommes sur le terrain, dans les circonscriptions où nous allons compétir.

 

Afreepress : Quelle analyse faites-vous de la politique menée par l’opposition vous qui êtes désormais en dehors des deux blocs ?

Gerry Taama : L’opposition est presque réduite à subir la politique de notre gouvernement parce que presque tout a été tenté. Mais l’opposition a un joker, et le gouvernement le sait : on ne peut pas aller aux élections sans elle. Donc, cette carte est maîtresse, mais il ne faut pas trop tirer sur la corde, au risque de la briser. Les dernières consultations ont mis à nue le manque de volonté du pouvoir en place. Il y aura d’autres rounds. Il faut que l’opposition y aille tout en sachant que le pouvoir est acculé, et que face à un animal aux abois, il ne faut pas répondre par le radicalisme, au risque que l’animal ne bondisse et ne morde. Il ne faudra pas donner à toute la communauté internationale et à nos compatriotes l’impression que l’opposition ne veut pas aller aux élections. Les prochaines rencontres devraient être un rendez-vous du donné et du recevoir. L’opposition devrait mettre de l’eau dans son vin, si le pouvoir montre un minimum d’ouverture.

 

Interview réalisée par Olivier A.

Source : Afreepress

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