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Culture

Entretien : Démonlassi, artiste togolais de la chanson vous ouvre son coeur

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La musique togolaise se porte au mieux et une nouvelle vague de talents qui s’annoncent sur la scène musicale locale avec bonne répercussion. De ces artistes, s’est dégagé un jeune talent dont la nouvelle entrée dans le monde musical porte un échos impressionnant avec son premier album dont le titre phare ”Moussénavivi”, fait bonne audience au sein du public mélomane. A peine revélé au public, il y a juste 3 mois, son nom commence déjà par être adopté dans la capitale et dans d’autres régions du Togo. Il s’agit de Démonlassi, l’artiste à la tignasse rasta qui sait aussi danser sur les pas des sonorités qui accrochent et séduisent. Il lui est accordé une interview dont voici le rendu.

Beaucoup de gens se demandent ce que veut dire Démonlassi et pourquoi vous avez choisi ce nom.

‘‘Démonlassi’’ veut dire tout simplement en éwé ‘‘les démons vont fuir’’. J’ai choisi ce nom parce que, lorsque j’étais enfant, j’ai eu plusieurs problèmes que Dieu m’a permis de surmonter. Aujourd’hui, je comprends que c’est Lui qui est le Tout Puissant et qu’il est au dessus de tout esprit. C’est après ces évènements de mon enfance que j’ai conclu que plus aucun démon ne pourra me vaincre.

Quelle compréhension avez-vous de la vie maintenant?

Dans la vie, quand tu évolues les gens se posent des questions, ils se demandent si c’est la personne qu’ils connaissaient avant. Parfois, ils se refusent à croire à leurs yeux. Ceci les oblige à opter pour le dénigrement. Et il faut avoir une conscience forte pour supporter tout cela.

Des rumeurs disent que vous ne connaissez pas votre mère.

Je connais mon père mais malheureusement je ne connais pas celle qui m’a mis au monde. Je ne suis pas le seul au Togo à avoir ce problème. Il y a plusieurs Togolais qui vivent la même situation.

Quel est votre nom à l’état civil?

Samani Aziz. Je suis né en Algérie, ma mère est algérienne et c’est mon père qui est togolais.

Dites-nous comment vous avez été séparé de votre mère.

Mon père avait travaillé en Algérie. Mes parents s’y sont donc rencontrés et se sont mariés. De cette union est né Démonlassi. Quand on est arrivé au Togo, mon père a commencé à se livrer à l’alcool. Et comme Maman est musulmane, elle a préféré retourner chez elle. En ce moment, je n’avais que 3 ans. Selon ce que les gens m’ont dit, mon père lui avait demandé de m’emmener en Algérie mais elle a refusé puisque la religion musulmane ne lui aurait pas facilité les choses là-bas.

Aujourd’hui en tant que star, vous avez plus de possibilités de la retrouver.

Je ne me presse pas encore pour ça. Puisque pour le moment, selon moi-même, je n’ai encore rien réalisé. Si Dieu veut que je revoie ma mère, nous nous rencontrerons un jour. Et puis, concernant ma carrière, je pense que je n’en suis pas encore arrivé au top. Je ne suis qu’à mes débuts.

Est-ce que vous avez des frères et des sœurs?

Oui, j’en ai ici au Togo. Mais pour des frères nés de ma mère, on ne m’en a parlé que vaguement. Ils seraient en Algérie. Ils sont nés des seconds mariages de mes parents. Apparemment je suis le seul fruit issu de l’union de mon père et de ma mère.

Est-ce que cette situation ne vous rend pas très triste?

Quand j’étais plus jeune, oui! Mais, maintenant je ne la vis plus comme ça. Le chemin que j’ai parcouru avant d’arriver ici est si long. La vie me rend plus fort.

Quelle est votre relation avec votre père, surtout avec votre succès maintenant?

C’est vrai qu’il cherche à me voir mais je ne l’ai pas encore rencontré. C’est un miracle pour lui que son fils soit arrivé là. Lorsque ma mère est partie, il m’a délaissé. Il s’était remarié et a eu d’autres enfants. Etant issu d’un métissage, je me retrouve dans une famille où tout le monde a la peau noire. Imaginez donc ma vie! Lorsque je dis aux gens que c’est mon père, personne ne veut me croire puisqu’il n’y a pas ma maman à côté pour témoigner. Certains croient même que je suis un enfant que mon père aurait enlevé et ramené d’Algérie.

Nous avons aussi appris que vous avez voulu prendre une pirogue à Tripoli pour vous rendre en Italie.

Oui, à un moment de ma vie, j’étais parti en Afrique du nord et je suis passé par la Libye. Là, j’ai travaillé et j’ai fait des économies. Ce qui a permis qu’avec des amis ghanéens, marocains, maliens et autres, nous avons voulu traverser la Méditerranée pour l’Europe. A quelques heures du départ, je me suis rendu compte que le risque était trop grand. Et par hasard aussi, nous avons été arrêtés puis déportés au Bénin. C’est en ce moment que j’ai décidé de revenir vivre au Togo.

Ces derniers mois vous faites du « boucan » dans le monde musical togolais avec votre titre ‘‘Moussénavivi’’. Parlez nous de votre tendance musicale.

C’est vrai qu’au début je chantais dans un rythme reggae surtout. Mais aujourd’hui je me suis focalisé sur ce qui peut faire bouger les gens. En fait, Démonlassi n’a pas un rythme propre à lui. Je peux chanter sur n’importe quel rythme.

Aujourd’hui vous êtes sollicité partout. Qu’est-ce que cela vous donne comme plaisir?

Je ne trouve pas de mots pour l’exprimer. Je veux dire à ceux qui me connaissent que tout est possible dans la vie et il suffit d’y croire et cela marchera. Même si tu sors d’une famille pauvre, tout est possible. Il est vrai que c’est un grand étonnement pour moi-même face à ce succès, mais je l’ai pressenti.

Revenons à votre album. Vous venez de le sortir. Êtes-vous satisfait du produit fini?

J’ai réalisé cet album en 6 mois. Il y a trois semaines que je viens de le sortir mais par la grâce de Dieu, je viens d’écouler plus du millier. Cet album est un cadeau pour les Togolais et il y a de bonnes choses qui sont en préparation. Je vais vous dire l’un de mes secrets: Démonlassi ne compose pas ses chansons avant de les chanter. Il suffit que je sois devant un micro au studio et l’inspiration me vient. Ce n’est qu’après l’enregistrement du morceau que je me mets à les apprendre. J’apprends mes chansons comme le font mes fans. Vous savez, je me suis donné dix ans de carrière et si Dieu me donne plus que ça, ce sera vraiment un bonheur pour moi.

Quelles sont vos projets pour ces dix ans de carrière?

J’en ai beaucoup. D’ici peu, je vais faire des featurings avec d’autres artistes comme Toofan, Omar B, King Mensah et autres. Le reste vous le découvrirez au fil du temps.

Il y a des rumeurs selon lesquelles le torchon brûle entre Poundy Cissé et vous.

Il n’y a ni torchon ni papier qui brûle entre nous. Il est même venu au lancement de mon album. Nous sommes en de bons termes.

Sur l’un de vos morceaux vous avez dit qu’il y a des gens qui veulent salir votre nom.

C’est un message que j’ai lancé et les personnes concernées se reconnaîtront dans ce morceau. Je ne vais pas vous donner de noms.

Avec votre teint et votre beauté, beaucoup de filles doivent rêver devenir madame Samani.

C’est un peu ma vie privée ça. Il faut savoir que Démonlassi a déjà un fils. Mais je ne suis plus avec sa maman.

Que représente ce tatouage de sirène que vous avez au bras?

J’aime beaucoup le système et la forme de Mamie Water. Il est vrai que je ne crois pas à ces genres de chose, mais je l’ai fait par plaisir. L’artiste doit toujours créer une différence entre sa personnalité et ce que les autres font.

On aurait plutôt cru que c’est lié à une adhésion aux religions africaines.

Pas du tout. A l’heure où nous sommes, je ne peux louer aucune force à part le Grand Dieu, le Père de tous. Peut-être, c’est la Mamie Water plutôt qui doit m’adorer.

Vous avez aussi sorti une danse que vous appelez ‘‘Madjingèlèworo’’. Que signifie cette danse?

Cela veut tout simplement dire «Je me fous des jaloux». Et ça, c’est ma langue privée.

Est-ce que vous souhaitez dépasser le Cool Catché avec la danse ‘‘Madjingèlèworo’’?

Je crois que le ‘‘Madjingèlèworo’’ ne dépassera pas le Cool Catché et le Cool Catché aussi ne dépassera pas le ‘‘Madjingèlèworo’’. Lorsqu’un artiste sort une danse, il faut que nous le soutenions ensemble.
En dehors de la musique, que faites-vous comme activité?
Je fais aussi du business. C’est grâce à cela que j’arrive à financer mes albums.

Vous voulez bien nous parler un peu de ce business…

Je ne vends ni la drogue, ni les armes. Je vends ce qui est autorisé à vendre.

Nous vous voyons souvent avec des expatriés européens. C’est à cause de votre beauté ou de votre style de coiffure?

Pas du tout. Les européens ne suivent pas les gens pour ces détails. Mais puisque vous insistez, je suis un guide touristique. Je vends aussi des objets antiques que nos ancêtres ont utilisés et qui sont rares à trouver de nos jours. Pour cela, je me rends au Sénégal, au Mali etc. où je les achète et les leur revends.

Beaucoup de compatriotes critiquent la musique togolaise? C’est votre cas aussi?

Oui, sur certains points. Je suis souvent très déçu par la politique que les artistes eux-mêmes instaurent dans le milieu. J’ai constaté que lorsqu’un artiste est en vogue, les autres se refusent à le soutenir. Certains vont jusqu’à qualifier son succès de feu de paille. Normal donc que notre musique n’avance pas. Nos ainés quant à eux n’ont pas voulu céder la place aux jeunes. Ce qui a fait qu’au fil du temps, ils sont partis sans laisser une relève derrière eux. Il faut laisser évoluer la jeunesse. Elle vient avec de nouvelles visions. C’est pourquoi j’apprécie beaucoup Ali Jezz et King Mensah qui acceptent collaborer avec les artistes montants.

C’est Kpalimé qui vous a vu grandir. Avez-vous des projets dans cette ville?

Qu’on me nomme maire de la ville de Kpalimé et vous verrez comment je vais la changer!

Interview réalisée par Emmanuel Atcha

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