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Enquêtes & Interviews

Culture: Les monuments et leurs importances

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A l’occasion du 27 avril 2011, la présidence de la République a organisé un concours d’idées de création de monument. Le 11 mai 2011, le lauréat du concours a été officialisé. Il s’agit de Guillaume Bossou, ingénieur en génie civil, expert agréé en bâtiments et travaux publics. Depuis lors, on attend de voir exécuté ces projets de construction de monument. En attendant, découvrons les monuments et leur importance. Guillaume Bossou, a donné son avis.

Vous êtes le lauréat du concours d’idées de création de monument organisé par la présidence de la République. Quels sont vos impressions après ce succès?

Je suis en joie, surtout c’est la fierté; la fierté pour avoir contribué au développement du pays; la fierté pour avoir apporté ma pierre au développement de la culture de ce pays.

Quels rôles, peut jouer un monument dans la vie d’une nation?

Vous savez, unis au sein d’une entité géographique et aspirant à un idéal commun, celui du développement et de l’épanouissement de l’homme, des groupes de personnes, tribus, villages s’inscrivent sous la même bannière qu’est la nation. Et chaque nation se distingue alors par les efforts communs de ses fils pour porter plus haut les couleurs nationales. Des vaillants fils de la nation ont consacré une bonne partie de leur vie à lutter pour la prospérité de la nation. D’autres encore ont versé leur sang pour que vive la Terre de nos aïeux. Et ces sacrifices héroïques et nobles représentent la mémoire du Togo. En effet, nul n’ignore l’importance du rôle universellement reconnu dans le monde que révèlent les monuments, lieux qui rappellent l’histoire de toute une nation ou de toute une civilisation ainsi que les défis et aspirations de tout un peuple face à une incertitude de l’avenir. L’exécution de ce projet paraît donc comme une sérieuse contribution à la résolution de ces interrogations à ce que les monuments recèlent de nombreux avantages insoupçonnables.

Qu’est-ce que la réalisation d’un tel projet vous a-t-elle coûté?

Ce projet ne m’a pas coûté grand-chose en espèces. Mais quand je l’ai fait, je l’avais représenté en maquette et c’est cette maquette qui m’était revenue plus chère. J’avais dépensé 100 à 150.000 FCFA pour confectionner la maquette. En énergie, je ne saurai le dire. En temps, cela m’a pris juste un à deux mois.

De quels matériaux aurait-on besoin pour réaliser le monument?

Pour réaliser un ouvrage de génie civil que nous appelons souvent ouvrage d’art, il faudra du béton armé. Et cela pourrait être revêtu de carreaux, de marbre ou de tout ce qu’on veut, selon l’importance qu’on aimerait accorder à l’ouvrage.

Vous aviez dit qu’il vous a fallu deux mois pour finir ce projet. Est-ce à dire que vous aviez déjà réalisé le projet avant que le concours ne soit lancé?
En réalité, j’ai commencé ce projet en décembre 2004, suite à un constat. Ce constat, c’est que lorsque vous parcourez toutes les préfectures du Togo, c’est seulement à Pya-Hodo qu’on peut trouver un monument. Dans les autres préfectures, c’est du vide. Les journées de célébration au cours desquelles on fait des dépôts de gerbes de fleurs, vous aurez constaté quand vous regardez sur les médias que c’est devant les troncs d’arbres et des pierres que les autorités vont faire leurs dépôt de gerbes. Donc j’ai constaté que ce n’est pas bien. A la place de ces objets qui ne nous parlent pas, qui ne nous disent rien, on pouvait mettre d’autres objets qui vont interpréter nos réalités, qui vont nous stimuler et qui vont refléter les aspirations de notre peuple.

Quelle interprétation donnez-vous à l’ouvrage réalisé, celui pour qui vous avez reçu le prix?

C’est un monument pour les martyrs. Mais pas seulement pour eux. Il est aussi un monument pour la réconciliation. Monument de martyrs: vous allez voir que le monument est à quatre cotés. Les quatre cotés symbolisent les quatre vents, les quatre directions que nous avons; le nord, le sud, l’ouest et l’est. Ce qui veut dire que quelque soit le Togolais, il est inscrit dans ce monument. Notre drapeau a quatre couleurs: jaune, vert, rouge et blanc. Alors chaque coté représente une couleur du drapeau. L’ouvrage est posé sur un cercle, une base de cercle enfilé. Et au dessus, l’ouvrage est couronné par le signe que moi je pense être le signe de la réconciliation: quatre mains qui se tiennent et dans toute les directions. On parle de réconciliation, et pour faire une réconciliation, je crois que c’est avec la main. On se serre les mains, on dit d’accord, on oublie le passé. Donc, les quatre poignets de main symbolisent pour nous la réconciliation. Alors ce monument s’inscrit dans le cadre des martyrs et dans le cadre de la réconciliation.

Quels peuvent-être la taille et le coût du monument à la réalisation?

Il est expansible. Selon les directives du concours, le monument doit être de sept mètres de hauteur, soient la taille de deux étages (Un rez-de-chaussée et un premier niveau). Il peut être plus grand que ça. Ça peut aller jusqu’à douze mètres de haut. Ça dépend de l’endroit où on veut le mettre et de ce que l’Etat veut mettre dedans. En coût, cela dépendra aussi de la taille que l’on veut lui donner. Si on réalise ce monument à une hauteur de sept ou huit mètres, on va dépenser peut-être cinquante millions. Mais si ça fait douze, quinze ou dix-huit mètres, le coût aussi sera conséquent.

Vous devez être très riche maintenant après avoir remporté un prix mis en jeu par la présidence de la République?

Le prix qui est mis comme récompense, c’est cinq cent mille francs Cfa. Je l’ai eu le même jour, en liquidité. Reconnaissons que c’est peu.
Oui c’est peu. Mais en réalité, moi, mon objectif n’est pas l’argent. J’avais le projet avant que l’Etat ne lance le concours en 2011. Moi j’ai fait ce projet en 2005. Donc ce n’était pas l’argent qui m’avait guidé à réaliser le projet. Même gratuitement, j’aurai déposé ce projet. Vous aurez puis remarqué que quand vous allez au Centre de formation pour le maintien de la paix au sein du camp d’Adidogomé, il y a une stèle qui a été inaugurée par le Chef de l’Etat. Cette stèle, c’est moi qui l’ai réalisée en trois jours.

Quel est votre parcours?

Après mon Bac F4 au Lycée Technique de Sokodé, j’ai continué mes études supérieures à l’Ecoe Nationale Supérieure d’Ingénieur. J’en suis sorti ingénieur en génie civil. A ce jour, j’ai à mon actif, quinze années d’expérience. Je suis directeur du Bureau d’Etudes Techniques de Construction et de Contrôle (BETECC) depuis 2003.

Formez-vous des jeunes dans votre cabinet?

Oui, nous formons des jeunes qui ont le BEPC et qui ne peuvent plus continuer, soit par manque de moyens ou à cause d’âge élevé. Nous avions déjà formé plus d’une quinzaine de jeunes. Ils sont des dessinateurs, des projeteurs en béton armé. Nous les formons non pas pour qu’ils soient employés par l’Etat après, mais pour qu’ils créent eux-mêmes leur propre emploi. La formation dure trois ans.

Comment est-ce que l’inspiration vous est–elle venue pour concevoir cet ouvrage?

J’ai juste regardé autour de moi. Et j’ai pris tout ce qu’il y a autour de moi pour le concevoir. Je me suis inspiré des formes, des symboles, des chiffres…

Pour finir, que pensez- vous du doyen Paul Ahyi?

Paix à son âme. Je crois qu’on doit l’immortaliser à jamais. Parce qu’il a fait beaucoup de choses pour ce pays. Aujourd’hui, notre drapeau, c’est lui, le monument de l’indépendance, c’est encore lui. Il nous sert de stimulant pour nous dire qu’on peut faire comme lui.

Joseph K. & Sylvain-Epiphane V.

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