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Société

Témoignage de la jeune Ablavi, prostituée malgré elle

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Agée de 27 ans environ, tresseuse de formation, elle a abandonné cette activité de beauté pour embrasser le plus vieux métier du monde : la prostitution. Solange, c’est son nom de chrétien et Ablavi son nom à l’Etat Civil. Nous l’avons rencontrée dans la deuxième semaine du mois de juin à Agoé, banlieue nord de la ville de Lomé, assise dans un atelier de tresse, trois portables de haute gamme posés sur un banc devant elle, un véritable bureau en déplacement avec un personnel qui se résume à elle-même.

Avec cinq mèches de qualité, elle se faisait tresser des cheveux qui tombent jusqu’au niveau de la hanche. Elle donne des indications fermes à la tresseuse qui s’exécute sans la moindre protestation : « le client est roi », dit-on souvent, mais dans le cas d’espèce, la cliente s’avère une tresseuse en plus. De quoi compliquer la situation de celle qui s’acharne à la rendre plus belle pour une rencontre amoureuse de la soirée.

Sur ordre de la cliente, la tresseuse a défait trois lignes de mèches déjà tressées. Un moment, l’un de ses portables sonne, elle décroche, discute avec son interlocuteur puis raccroche quelques minutes après. « J’ai déjà récupéré l’argent de la tresse ce soir », s’exclame-t-elle visiblement très joyeuse. Et la coiffeuse de lui dire : « Tu as cinq mille ça ». « Cinq mille, c’est quelque chose ça. Au moins dix mille francs », réplique Solange.

L’instant après, sans qu’on lui pose la moindre question, elle commence par raconter sa vie. Une confession, un dédouanement, nul ne saurait le dire mieux qu’elle-même. « J’étais mariée, malheureusement mon mariage n’a pas marché. Mon mari courait les filles. Il les faisait même venir dans notre chambre. Mais je ne pouvais rien faire. Un beau jour, j’ai décidé le quitter sinon je risquais de piquer une crise… », raconte-t-elle pour expliquer les raisons qui l’ont poussée à la rue.

« Avant j’injuriais les filles qui s’adonnaient à de telles pratiques. Je les traitais de tous les noms d’oiseaux. Aujourd’hui, me voici dedans. J’ai pris goût et je ne le regrette pas… Un jour, j’étais même à la recherche d’un client quand j’ai vu passer mon ex-mari, on s’est juste regardé sans mot dire. J’ai souri, j’ai vraiment envie qu’il me voie très souvent et qu’il en souffre…», explique-t-elle.

Elle explique qu’elle est revenue du Bénin il y a quelques jours. Elle y a passé des semaines dans un appartement luxueux. « Aujourd’hui, je n’ai pas pitié des hommes, je ne sais plus aimer.
Si l’homme a l’argent et a le malheur de tomber dans mon piège, malheur à lui. Je lui soutire son pognon et je me casse. Et ça je sais bien me prendre
», affirme Ablavi.

Elle regrette même de n’avoir pas commencé cette « affaire » très tôt. «Mes camarades me conseillaient depuis d’essayer, mais j’étais retissante, aujourd’hui, si une fille se lance dedans, je vais l’encourager et la soutenir. J’ai une amie qui est au foyer mais elle le fait à l’insu de son mari. L’autre fois, elle a passé quelques heures hors de Lomé pour aller rencontrer ses clients. Elle a déjà acheté un lopin de terre et s’apprête même à démarrer les travaux de constructions », raconte-t-elle toute dégourdie.

Ablavi a en tête beaucoup de projets mais ce qui lui tient à cœur, c’est s’acheter un terrain et avoir sa propre maison. « Je veux avoir une vie normale mais pas pour l’instant. Je suis en train de me battre pour construire une maison. Après cela, je cherche un petit maçon ou un mécanicien à qui je vais donner un enfant. S’il essaye de me donner des soucis, je le fous dehors et je garde l’enfant ». Si la jeune Solange justifie son nouveau choix par la déception amoureuse qu’elle a connue, d’autres filles ou femmes ont aussi des raisons à faire valoir.

Cependant, que ces raisons soient justifiées ou non, il y a lieu de reconnaître que ce fléau prend de plus en plus de l’ampleur dans notre pays et plus encore à Lomé. Il y a des prostituées de métier et des prostituées occasionnelles. Dans tous les cas, aucune raison, même la misère ne saurait justifier de telles pratiques. Encore que nombre de ces filles de joie ne sont pas conscientes des risques auxquels elles sont exposées chaque jour.

Certaines même sont prêtes à se livrer sans exiger les préservatifs, au cas où leurs partenaires leur proposent de grosses sommes. Dans ce cas, bienvenue les IST et le Sida. Que dire de ces hommes et de ces femmes au foyer qui prennent le plaisir de tromper leurs épouses ou leurs époux? Le risque est grand et en appelle à une prise de conscience car même le préservatif ne protège pas à cent pour cent et les risques d’éclatement ne sont pas à négliger. « La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie ».

Source: Chronique de la Semaine n° 155 du 21 juillet 2011

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