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Coopération

Coopération entre le gouvernement et la diaspora togolaise

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Dans plusieurs pays africains, la diaspora a un grand rôle. La diaspora est l’une des piliers sur lequel le développement du pays se construit. La coopération entre le gouvernement togolais et la diaspora a été toujours timide et froide sinon inexistante. Les raisons peuvent être nombreuses et considérables. Mais les choses évoluent et cette coopération devient inaliénable. Le gouvernement togolais a compris. C’est ainsi qu’une Unité de gestion du Programme Diaspora a été mise sur pied depuis un moment, témoignant d’une nouvelle volonté manifeste de collaborer avec la diaspora togolaise. Quelle est l’intention concrète du gouvernement, quelle assurance les uns et les autres peuvent avoir dans cette coopération, etc? nombre de questions qui ont poussé à interroger M. Antoine GBEKOBU, coordonnateur du Programme Diaspora. Il s’explique.

Vous êtes le coordonnateur national du programme diaspora, et vous êtes entre la diaspora et le gouvernement. Que comptez-vous faire pour rassurer la diaspora togolaise de venir investir au Togo comme c’est le cas de certains pays africains ?

Permettez-nous de vous remercier pour l’opportunité que vous nous offrez d’échanger sur le programme que nous avons l’honneur de coordonner. Aussi, qu’il nous soit permis de faire un bref rappel des objectifs du programme avant de répondre à votre question.
Le programme « Initiatives pour le Recours aux Compétences et autres Ressources de la Diaspora » est une initiative du gouvernement dans sa quête de solution pour relancer le développement économique et social du Togo à la suite d’une longue période d’ostracisme. Vous n’êtes pas sans savoir que notre pays a connu une crise politique aggravée par la suspension de la coopération avec les Institutions de Bretton Woods et les pays développés. Cette situation a fortement freiné le processus de développement du pays, affaibli la capacité de l’Etat et mis à mal la cohésion nationale.

Durant cette période, beaucoup de togolais se sont exilés et d’autres ont choisi de s’installer aux termes de leurs études à l’étranger notamment en Europe, en Amérique du Nord (USA, Canada), en Asie voire sur le continent africain à la recherche d’un mieux-être. C’est ainsi que dans le cadre de la réforme et de la modernisation de l’administration publique, de la justice et pour relancer le secteur privé, le gouvernement entend mettre à profit le potentiel que représentent les Togolais expatriés qui ont bénéficié de bonnes formations et qui possèdent des compétences pointues, dans les domaines variés.
Le programme a pour but la facilitation et la promotion des transferts de compétences, de savoir-faire et de ressources de la diaspora togolaise.

Spécifiquement il s’agit :
Mettre en place un environnement attractif afin de mobiliser et de motiver les Togolais de la diaspora à s’investir dans des secteurs professionnels dans lesquels ils officient déjà dans leurs pays d’accueil, pour offrir rapidement au pays de nouvelles opportunités scientifiques, technologiques et académiques en particulier dans les secteurs jugés prioritaires;
Améliorer le climat des affaires et de l’entreprenariat privé pour inciter les togolais de la diaspora, à transférer tout ou partie de leurs activités au pays, à investir dans les créneaux où leurs compétences et savoir-faire entrepreneurial sont avérés et ainsi promouvoir l’emploi des nationaux et des jeunes en particulier;
Stimuler les mécanismes d’appui au développement local et toutes activités qui promeuvent une meilleure adéquation formation-emploi à travers des initiatives de co-développement et d’aide au développement.

Par ailleurs, les principales activités du programme s’articulent donc autour des composantes suivantes : Une composante « acquisition des compétences et renforcement des capacités » visant le recrutement d’expatriés nationaux pour une période allant de 1 à 12 mois;
Une composante «amélioration du climat des affaire» dans laquelle nous allons mettre en œuvre toutes les activités tendant à promouvoir les initiatives privées porteuses de valeur ajoutée et de forte intensité de main-d’œuvre en provenance de la diaspora togolaise pour le pays ;

Une composante « développement local » destinée à soutenir toutes activités tendant à promouvoir les initiatives de co-développement et d’aide au développement initiées par les associations et ONG de la diaspora togolaise pour le pays.
D’ailleurs, un site web dédié au programme diaspora est consultable à l’adresse www.diaspora.gouv.tg. Vos critiques et suggestions permettrons d’améliorer cet outil commun.
Je précise que votre question est relative à la composante 2 du programme a savoir : “amélioration du climat des affaires“ chargée de toutes activités tendant à promouvoir les initiatives privées porteuses de valeur ajoutée et de forte intensité de main-d’œuvre en provenance de la diaspora togolaise pour le pays.
En ma qualité de coordonnateur national du programme diaspora, je n’ai pas compétence à améliorer le climat des affaires au Togo, seul le gouvernement et autres acteurs de la vie politique ont cette compétence.

D’ailleurs, le gouvernement est depuis dans cette mouvance pour l’amélioration du climat des affaires au Togo, en témoignent le projet de modernisation de la justice togolaise qui suit toujours son cours, l’atelier sur l’amélioration du climat des affaires initié par la Banque mondiale en Avril 2009, la rencontre entre le gouvernement et le Fonds pour le Climat des Investissements en Afrique – ICF en Novembre 2010, l’élaboration et la diffusion d’un guide : faire des affaires et investir au Togo en Avril 2009, la production d’un rapport de synthèse aide-mémoire suite à une mission de la Banque Mondiale en Décembre 2010, la signature de la charte des PME/PMI, le lancement avec le concours de l’ICF de la Cour d’Arbitrage du Togo (CATO) et d’autres…

Au niveau du programme, avec l’appui de la Banque Africaine de Développement il sera procéder dans les jours qui viennent au recrutement de deux experts internationaux chargés de réaliser deux études de faisabilité dont une sur la stratégie d’optimisation de la contribution de la diaspora à l’investissement privé au Togo et une autre qui porte sur la stratégie d’optimisation des transferts de fonds de la diaspora. Notre mission, consiste et consistera donc à faire la promotion d’une part, des résultats enregistrés par le gouvernement en matière d’amélioration du climat des affaires, et d’autre part les conclusions et la mise en œuvre des recommandations des études de faisabilité.

Quels sont les projets et les activités que vous comptez mener dans le sens du rapatriement des ressources financières de la diaspora togolaise ?

Nous entendons mener une approche holistique pour traiter ce dossier ou programme de la diaspora, étant entendu que le programme diaspora va au delà du simple rapatriement des ressources financières de notre diaspora. Hormis ce volet dont vous faites allusion, le programme s’intéresse aussi aux compétences, expertises et savoir-faire de la diaspora togolaise et ceci dans les secteurs de développement de notre pays. Le rapatriement des ressources financières des togolais de l’extérieur s’effectue déjà. Pour preuve, à en croire aux chiffres officiels de certaines institutions internationales dont notamment la BAD, en 2009 les togolais de l’extérieur ont transféré entre 300 et 350 millions de dollars. La Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest quant à elle avance un chiffre de 141 milliards de FCFA. Ce qui reste à faire à présent, c’est de parvenir à canaliser cet important flux financier vers des investissements productifs créateurs d’emplois et de richesses. Voilà justement les objectifs visés par les deux études de faisabilité dont j’avais fait mention plus haut.

Quel est selon vous le rôle de la diaspora dans le processus de développement du Togo ?

Nous entendons mener une approche holistique pour traiter ce dossier ou programme de la diaspora, étant entendu que le programme diaspora va au delà du simple rapatriement des ressources financières de notre diaspora. Hormis ce volet dont vous faites allusion, le programme s’intéresse aussi aux compétences, expertises et savoir-faire de la diaspora togolaise et ceci dans les secteurs de développement de notre pays. Le rapatriement des ressources financières des togolais de l’extérieur s’effectue déjà. Pour preuve, à en croire aux chiffres officiels de certaines institutions internationales dont notamment la BAD, en 2009 les togolais de l’extérieur ont transféré entre 300 et 350 millions de dollars. La Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest quant à elle avance un chiffre de 141 milliards de FCFA. Ce qui reste à faire à présent, c’est de parvenir à canaliser cet important flux financier vers des investissements productifs créateurs d’emplois et de richesses. Voilà justement les objectifs visés par les deux études de faisabilité dont j’avais fait mention plus haut.

Quel est selon vous le rôle de la diaspora dans le processus de développement du Togo?

La diaspora de tout pays joue un rôle déterminant dans le développement économique de celui-ci. Toute l’importance de la diaspora togolaise a été déjà exposée plus haut, et vous convenez avec moi qu’il est indéniable qu’elle joue un rôle prépondérant de par l’importance de ses transferts de fonds. Il faut maintenant engager cette diaspora dans un processus coordonné qui s’appuie sur ses atouts dans les domaines de la santé, de l’éducation, des infrastructures, de la technologie, de l’entrepreneuriat, etc. ; sur une bonne organisation locale à travers les initiatives d’aides au développement et de co-développement. Voila toute la vision du programme diaspora que nous pilotons.

On sait que la grande partie des Togolais de la diaspora était partie du Togo à cause de la furie du régime Eyadema dans les années 90. Actuellement, même s’il y a un semblant de changement, le régime du moment incarné par le fils d’Eyadema peut- il rassurer le retour ou l’investissement de cette diaspora au pays ?

Le concept du changement dont vous faites référence s’exerce dans des domaines et des niveaux très vairés. Le changement désigne le passage d’un état à un autre. C’est volontiers qu’on parlera de changement selon la nature, la durée et l’intensité de ce passage, d’évolution, de transformation, de modification, de mutation profonde et durable. Le changement est donc un phénomène dynamique. Nous ne saurions faire une analyse du changement dans notre pays sans relativiser les choses.
Il serait illusoire de penser ou de dire à ce stade du processus, que le changement incarné par le Président Faure Gnassingbé est absolu. Néanmoins, ce serait manquer de réalisme que de ne pas reconnaitre qu’il y a un changement comparatif qui s’opère.
Il est difficile de réveiller celui qui ne dort pas. Le pays est en chantier et ceci est visible à travers les réalisations d’infrastructures et d’assainissement à Lomé principalement, et dans les autres villes du pays. D’autres chantiers invisibles pour l’instant le seront avec le temps.
Le code des investissements et le code de la zone franche qui sont eux aussi en ce moment, feront l’objet d’un toilettage pour une meilleure prise en compte des réalités de l’heure. Nous invitons donc la diaspora, une fois la publication de ces textes de réagir positivement en faisant des propositions qui pourrons les améliorer. Le guichet unique, qui connait chaque jour des améliorations est une réalité aussi. Le chantier de l’e-régulation est amorcé aussi avec l’appui de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement. Pour preuve, un site web est dédié à cette initiative. L’e-régulation du Togo est entrain d’emboiter le pas à celui du mali, du Vietnam et autres.
Alors, laissons le temps au temps, car le changement c’est un lent et long processus.

Les réalités vécues par la diaspora togolaise à l’extérieur sont différentes des réalités du pays. Comment comptez-vous accommoder les susceptibilités des uns et des autres pour une synergie d’action dans le sens du développement au Togo ?

Nous ne prônons pas à travers le programme diaspora, le retour définitif de nos concitoyens installés en occident, et nous estimons qu’ils n’ont pas besoin de revenir au Togo avant d’aider le pays. Ils le font si bien déjà avec les transferts de fonds et nous les en félicitons. Avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication, la diaspora peut contribuer de par son talent et son expertise au développement du pays depuis son lieu de résidence, donc son pays d’accueil. La carte de la fibre nationaliste et notre sens élevé pour le bonheur de nos populations restées au pays doivent nous guider dans les choix que nous opérons.
Le séjour d’un tronc d’arbre dans l’eau ne le transforme jamais en crocodile a-t-on coutume de dire. Du choc de nos civilisations respectives, celle qu’incarne la diaspora et celle dite indigène, germera la lumière qui éclairera notre chantier commun de développement.
La réconciliation, certes, ne se décrète pas et surtout après une longue crise sociopolitique comme celle de notre pays. Les différentes crises, guerres … qui ont jalonnée l’histoire universelle se sont toujours réglées autour d’une table avec comme instrument de règlement, le dialogue avant de parvenir à un consensus. Le dialogue reste notre maître-mot pour une synergie d’action conséquente.

L’environnement sociopolitique étant ce qu’il est au Togo, pensez vous que les gens de la diaspora suivront un quelconque projet sans se faire taxer de vendus ou de collaborer avec le régime en place.

Je n’aime pas trop le mot régime qui rime souvent avec un pouvoir fort. Du moment où nous sommes en démocratie, je préfère en lieu et place de ce mot : gouvernement.
Je crois qu’il est temps que les uns et les autres cessent de stéréotyper ceux de la diaspora qui reviennent au pays pour des raisons diverses. Et plus, il est temps qu’on mette fin à cet état d’esprit qui considère que si l’on est de la diaspora, on est opposant et par conséquent une menace. De l’autre côté, que les membres de la diaspora cessent de caricaturer le gouvernement comme étant un ogre affamé prêt à manger ses propres enfants. L’un dans l’autre, que les uns et les autres ne se laissent pas fouler. Le monde est guidé par les intérêts, et chacun sait où se trouve son intérêt.
S’il est clair que le gouvernement ne peut diriger ce pays sans le concours de la diaspora, il est d’autant plus clair que la diaspora ne peut prétendre participer à la gestion des affaires du pays sans collaborer avec le gouvernement. Il faut qu’elle sorte de l’isolement.
Chers compatriotes, ce qui nous unit est plus grand que ce qui nous désunit. Capitalisons donc sur nos ressemblances plutôt que sur nos dissemblances. Notre cher pays le Togo en sortira vainqueur. Je vous remercie.

Interview réalisée par Emmanuel ATCHA .

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