Au fil des questions réponses

Invitée d’Honneur sur Togoportail : Afia Mala, Artiste Togolaise de la chanson

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«C’est au bout de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle. Et il faut veiller à ce que cette ancienne corde soit en bon état»

Elle est l’une rares artistes togolaises qui,  dans les années 80, a su imposer la musique togolaise au reste du monde entier. Véritable diva jusqu’à ce jour, sa carrière tout comme son physique n’a pas pris de rides. Afia Mala, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est pour le Togo une bibliothèque musicale qu’il faudra entretenir et valoriser…Nous l’avons rencontrée pour votre plaisir….

 

Vous êtes toujours active, vous bougez beaucoup mais vous ne nous informez plus, qu’est ce qui ne va pas?

Vous savez, après un certain nombre d’années passées dans ce métier, on a horreur de certaines choses. Quand on compare l’accueil, et tous les honneurs qu’on reçoit ailleurs  alors que dans notre propre pays on se sent méprisée, à un moment donné on est découragée et déçue.

 

Vous étiez en Septembre l’invitée d’honneur à la prestigieuse soirée de Vlisco en Hollande. Parlez-nous en…

Effectivement, j’ai été invitée en Hollande pour aller chanter dans la prestigieuse soirée de Vlisco parce que je suis une femme artiste qui sait valoriser cet héritage culturel qu’est le pagne. Il n’y avait pas que moi, Angelique Kidjo était également présente. Quand on parle de Vlisco, on parle de la femme en général et togolaise en particulier surtout des Nana benz togolaises. Ce fut vraiment une très belle soirée avec un très beau podium…

 

Vous êtes depuis 4 ans la marraine d’un grand festival dénommé Sica organisé au Benin, qu’en est-il exactement?

 

Sica est un festival africain de récompenses aux artistes, aux hommes de medias et aux acteurs de la mode. Il était parrainé par l’Etat béninois mais depuis 4 ans, j’ai été choisie pour être la marraine et la présidente du jury.  Cette année, je n’ai pas pu m’y rendre car ça coïncidait avec la soirée de Vlisco. Mon souhait c’est qu’on ait ces genres d’initiatives chez nous, comme ce fut le cas dans les années 70, 80 où on avait pleins d’initiatives culturels au Togo.

Vous avez récemment reçu un grand prix au Mali qui fait de vous «La Maman Africa», parlez-nous de ce prix?

Nul n’est prophète chez soi. Mon 1er album est sorti en 1979, nous avons vraiment fait du chemin pour être là où on est aujourd’hui. Ce fut un grand honneur d’avoir reçu ce énième trophée qui fait dorénavant de moi «La Maman Africa». Ce n’est que le fruit de tout ce que nous avons fait pour la musique africaine et particulièrement togolaise. C’est un peu regrettable que les distinctions et trophées viennent de l’extérieur alors que ça aurait pu venir de mon pays. Comme l’a fait les organisateurs de Quama Awards, j’espère que mon pays n’attendra pas que je meure avant de me distinguer ou primer.

Qu’est-ce que ce prix représente pour vous?

C’est tout un symbole et une invitation à être véritablement une mère pour l’Afrique. Une Maman doit veiller à ce que son continent aille bien en distillant des messages de paix et d’espoir comme je le fais à travers mes chansons et mes actions sur le terrain. Une maman Africa doit veiller à ce que les enfants d’Afrique à commencer par son village ne meurent pas de faim. Ce trophée est  simplement une invitation à poursuivre mes initiatives de valorisation culturelle et actions socio-humanitaires déjà concrétisées sur le terrain.

Comment se fait-il qu’on vous prime, qu’on vous accorde tous les honneurs possibles ailleurs alors que votre pays semble vous délaisser….

 

Je l’avais dit tantôt, nul n’est prophète chez soi. Mon pays semble ne pas connaitre la valeur de la culture, la place de l’artiste que je suis. C’est quand même au bout de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle.  Et il faut veiller à ce que cette ancienne corde soit en bon état.  La culture c’est tout ce qui nous reste quand on perd tout. Je crois qu’un jour mon pays finira par m’honorer de la plus belle des manières. On continue par bosser et on attend…

Aujourd’hui beaucoup d’artistes s’immiscent de plus en plus dans la politique, dites-nous en tant que devancière et «Maman Africa» si un artiste a le droit de faire de la politique?

Un artiste est un rassembleur, un artiste est un vecteur de paix par conséquent il n’a pas le droit de faire de la politique. Faire de la politique c’est choisir un camp au détriment de l’autre. Et à partir de cet instant, on cesse d’être un rassembleur. Quand l’artiste commence par faire de la politique, il n’est plus artiste mais politicien.

Quand vous voyez Salif Keita ou Youssou N’dour faire de la politique, qu’est-ce que cela vous inspire?

Je ne les juge pas car c’est leur choix. Mais à partir du moment où ils sont politiciens ils cessent d’être rassembleur et c’est ce qui est dommage.

Est-ce que ce n’est pas parce que vous évitez la politique que votre pays semble ne pas vous donner la place que vous méritez?

Non ! C’est d’abord parce qu’il n’y a pas véritablement de promoteurs culturels chez nous que nous semblons être oubliées. C’est aussi un problème d’organisation qui fait que c’est juste un groupuscule d’artistes qui soit tout le temps sollicité. Mais je suis désolée, la musique d’un pays ne se construit pas de cette manière. J’invite tous les acteurs culturels à commencer par le ministre de la culture à revoir véritablement leurs copies sinon ça craint. Je suis artiste et non politicienne. Et je le resterai.

Vous êtes la 1ère et la seule artiste africaine à ce jour à faire un album entier avec l’orchestre Aragon, un célèbre orchestre mondial, cette collaboration continue-t-elle?

Cette collaboration ne peut pas s’arrêter parce que pleins de mes chansons devenues aujourd’hui des classiques ont été réalisées avec eux. Cet orchestre m’a réappris à chanter et ouvert énormément de portes. C’est donc une collaboration pour la vie.

Vous avez également une fondation dénommée «Vie et Vivre», pourquoi une telle initiative?

Vous savez la vie n’a pas été que rose pour nous. Nous avons connues nous aussi des moments de galère et aujourd’hui que le Seigneur nous a fait grâce, c’est un devoir pour nous de tendre la main à ceux qui sont dans le besoin. C’est ce qui a motivé la création de la  fondation «Vie et Vivre» qui fait déjà plus d’une dizaine d’années sur le terrain.

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Justement la fondation « Vie et Vivre » a construit une école moderne à Sapé, un village de Vogan, parlez-nous de cette école et de tout ce que vous faites pour ce village…

Quand vous avez une fois eue faim dans votre vie, vous êtes mieux placée pour savoir ce que l’autre qui a faim ressent. Sapé est un village situé à 4 km de la ville de Vogan. J’ai été touchée par les conditions désastreuses dans lesquelles les élèves fréquentaient. Une école construite en pailles où il n’y a ni tables bancs, ni tableau etc. J’ai donc pris l’initiative d’accompagner l’Etat en y construisant une école. Et Dieu merci aujourd’hui ce village à une école moderne composée de 6 classes. Je suis très heureuse car les élèves me le rendent très bien.  Ils ont toujours de très bons résultats. La classe de Cm2 a toujours eu 100% et à l’issue des examens du Cepd, les meilleurs élèves de Vogan viennent toujours de Sapé. C’est pourquoi en début de chaque année, je n’hésite pas à aller faire don des kits scolaires à ces plus de 400 élèves que compte cet établissement et leur offrir également des kits alimentaires à l’orée des fêtes de fins d’années. Mais outre ce village, nous venons en aide à d’autres aussi.

Qu’est-ce que vous avez envie de dire au public togolais, au gouvernement, aux artistes et aux médias?

Au gouvernement, je dirai de revoir l’organisation de la culture au Togo car c’est un maillon essentiel pour la construction d’un pays. Dieu seul sait ce que la culture rapporte à l’Amérique ou encore au Nigeria. Ce n’est pas impossible au Togo. Aux artistes, je nous exhorte à faire des œuvres de qualités.  Enfin,  j’invite le public et les médias à soutenir les artistes togolais pour que grandisse la culture de notre cher pays.

Kel-Hamid-Lorenzo

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