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La Côte d’Ivoire sous le choc, le terrorisme fait encore pleurer. L’Afrique face à la menace terroriste

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Le Grand Bassam, Ankara pleurent. Ouagadougou, Bamako et Paris pleurent aussi et toujours leurs morts. Les Chefs d’Etat Africains dans la posture de leurs traditionnels discours. Discours insignifiants ! L’Occident s’agite et se mobilise pour des mesures drastiques et dissuasives, l’Afrique désorientée qui s’embrouille. L’Afrique très impuissante face à la secte islamiste Boko Haram et compagnie. La défaillance des Etats a encore parlé ! A quand des mesures Africaines !

 

Des morts ! on en dénombre en quantité surtout au Grand-Bassam en Côte d’Ivoire, ces dernières heures. Les terroristes ont encore frappé. Désolation dans les familles et dans les Capitales Européennes. Le Président Français a parlé comme à son habitude et condamné cet acte terroriste. Les Chefs d’Etats Africains eux aussi vont se livrer à la tradition du moment pour présenter des condoléances aux familles touchées et puis ce serait tout. Des Morts à Ouagadougou en début d’année 2016 et des morts à Bamako en 2015. Peut-être, on promet juste, coté Africain de renforcer la sécurité. En Occident c’est bien différent.

 

Dans certains pays non encore touchés par quelque attaque terroriste que ce soit dont le Togo, on est sur pied de guerre. Apparemment ! On organise des opérations de simulation d’attaque. Le Gouvernement rencontre des patrons d’Hôtels pour réfléchir sur les mesures à prendre, on intensifie les contrôles dans les différentes structures hôtelières. L’Afrique se réveille trop tard. Toujours moins attentionnée et moins efficace. Aujourd’hui, Boko Haram a déjà fait plus de 13 000 morts et plus de 1,5 millions de déplacés selon les estimations de la Fédération Internationales des Droits de l’Homme. Il faut donc attendre tous ces chiffres avant de commencer par faire bouger les lignes.

 

Boko Haram à ses débuts en 2009, agissait seul pratiquement. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement l’ont négligé. Au fil des années, la secte noue des liens avec le Groupe d’Al Quaida au Magrheb Islamique, AQMI du Nord Mali et la Milice des Al-Shebab en Somalie. Et les Responsables Africains l’ignorent. Et le 7 Mars 2015, la Secte Islamiste s’est ralliée à l’Etat Islamique en Irak, en Syrie, ce qui lui permet d’étendre son réseau de groupes qui lui ont fait allégeance en terre africaine. Et les Chefs d’Etat Africains s’agitent. N’est-ce pas trop tard l’intervention des Africains ? L’Ecrivain Guinéen Tierno Monénembo répond par l’affirmative. Oui, c’est trop tard. Parce que, aujourd’hui la réponse est difficile à trouver. Les Intégristes ont déjà pénétré les sociétés. Que ce soit en Algérie ou au Maroc. Ils n’ont pas réussi à avoir l’Etat mais ils sont parvenus à manipuler la société. Les Fondamentalistes essayent d’imposer partout leurs règles de vie et les Etats les redoutent. Là ou ils règnent, les Islamistes de Boko Haram interdisent l’école, la musique et la télévision. Et n’hésitent pas à enlever de jeunes femmes pour en faire des esclaves sexuelles et parfois les transformer en Kamikazes. L’enlèvement de plus 270 filles Nigérianes le 14 Avril 2014 est une parfaite illustration.

 

Boko Haram devient puissant. Ses effectifs sont difficiles à estimer. Ils s’élèveraient à plus de 15 000 hommes selon certains Experts Sud-Africains. Ce ne serait pas tout. La Secte islamiste s’est payée début 2015 les services des mercenaires Sud-Africains. Que faire devant de telles situations redoutables ? Les Etats s’embrouillent et sont désorientés. 

 

Ce qui est étrange et compliqué, c’est que, la France s’est vraiment rendu compte de l’inefficacité, de l’incapacité et du manque de volonté des Dirigeants Africains face à la menace Terroriste. La Première grande rencontre consacrée à Boko a été organisée non pas à Addis Abéba ou à Abudja mais à Paris. 17 Mai 2014. François Hollande Convoque à Paris un grand sommet sur la lutte contre le mouvement terroriste Nigérian. Cinq Chefs d’Etat sont invités, Jonattan du Nigéria, Paul Biya du Cameroun, Idriss Déby du Tchad, et Issouffou du Niger. Aucune initiative venant des Africains, des Africains eux-mêmes. Et pourtant Hollande les a appelés appelé au travail quelques mois plutôt. A Addis-Abéba, à l’occasion du Cinquantenaire de l’Union Africaine, le Président Français avait bien dit que « Je considère que ce sont les Africains qui doivent eux-mêmes, assurer la sécurité de l’AfriqueLa France se situe en parfaite cohérence avec les orientations définies par l’UA... ». Hollande marche juste sur les pas de ses prédécesseurs à l’Elysée. L’UA n’arrive à définir aucune orientation. Hollande sait bien qu’il a perdu son temps en parlant d’orientation. Peut-être !

 

La preuve. Février 2015 ! François Hollande envoie son Ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius dans la région des Grands Lacs. Il sillonne le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigéria pour discuter avec les Présidents de ces pays de Boko Haram et du terrorisme. Les Africains le supplient de plaider leur cas devant le Conseil de Sécurité des Nations-Unies pour que l’ONU les aide à mettre en place une Force Africaine de lutte contre Boko Haram. 

 

Début Mars, 2015. L’UA entérine formellement la création d’une force africaine baptisée « Force Multinationale Mixte », FMM. Mais la Force Multinationale Mixte, FMM qui vise deux objectifs à savoir, empêcher l’expansion de Boko Haram et éradiquer la menace terroriste n’est toujours pas opérationnelle. Elle qui compte rassembler 8 700 hommes manque de fonds, d’argent. Sur ce, l’UA demande aux Nations-Unies de créer un Fonds Spécial pour garantir le déploiement et la montée en puissance de la FMM. Seule la Grande Bretagne a déjà débloqué de l’argent pour aider à sa mise en place. Mais, à Paris, un Haut Responsable reconnait les réticences de la France de l’UE à s’impliquer dans cette opération. Pour l’heure, il n’est pas question de participer à la formation de ces troupes. D’ailleurs La France dépense des milliards déjà sur le Continent avec l’Opération Serval du mali, Sangaris de la RCA, Berkhane dans le Sahel et Lincore de la Cote d’Ivoire. La France ne veut pas se voir essoufflée. Les Africains ne veulent prendre leur destin en main en rien et surtout en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme. Ils préviennent peu et réagissent beaucoup. Avec des discours bien-sur…

 

Ils peuvent réagir mais ils doivent savoir qu’ils font face à des hommes, à des êtres humains. Et leur grand travail devrait être focalisé sur la grande prévention.

Il faudrait donc mettre un accent sur les causes profondes du terrorisme. Comme cause, on peut avoir la défaillance des Etats, le défaut d’accès aux services publics. Les biens publics essentiels que sont la nourriture, l’eau potable, la santé, l’école et les toilettes, des millions d’Africains en sont privés. Les inégalités sociales deviennent profondes dans des pays. La première cause de Boko Haram, du terrorisme surtout en Afrique, c’est la misère. Plus de 60% des Nigérians c’est-à-dire plus de 100 millions d’habitants du Nigéria vivent avec moins d’un dollars par jours. Et pourtant le Nigéria est le premier producteur du pétrole sur le Continent avec plus de 2 millions de barils de brut par jour. Son taux de croissance est 7,3% en 2013, et près de 7% en 2014 et classé 164è sur 198 de l’Indice du Développement Humain, IDH publié en 2014 par le PNUD. Le Cameroun classé 163è, le Kenya 158è IDH.

 

« Vivre dans l’une des plus grandes économies d’Afrique ne veut rien dire pour les dizaines de millions de Nigérians aux prises avec les coupures d’électricités, les pénuries de carburant, le chômage et les inégalités croissantes », scande le chercher Américain Robert Looney. Tous ces millions de jeunes chômeurs qui souffrent restent très exposés. Donc vulnérables. Et deviennent avec le temps des recrues de Boko Haram. A la création de Boko Hara, le patron Mohammed Yusuf (mort depuis) crée un grand Etat. Il le bâtira avec son lieutenant Abubakar Shekau, un militant encore plus radical. Ils mettent en place un Gouvernement, des Ministères, une brigade de gardes, un embryon d’armée, installent une ferme et une entreprise de micro financement qui va se révéler efficace. Yusuf et son Lieutenant arrivent au fil du temps à convaincre des milliers de jeunes. Ainsi, des milliers de jeunes abandonnent l’école pour rallier l’Etat émergent de Yusuf qui leur promettait une alternative. Fin et début 2014. De nouvelles recrues venant de la Lybie, de l’Egypte et de la Tunisie ont rejoint les Katibas du Mali, une annexe de la Secte Islamiste. En2015, La secte Islamiste enrôle des dizaines de jeunes du Cameroun et du Tchad. L’attentat de Bado, Tunisie du 18 Mars 2015 a été causée par des jeunes chômeurs que les riverains connaissent très bien dans le quartier. 

 

Avec cette situation d’extrême pauvreté que vivent les Africains, la jeunesse reste plus exposée et plus vulnérable, encore que Boko Haram crée des entreprises, l’emploi tout comme l’Etat Islamique. L’Etat islamique, Daesh,a un revenu annuel de plus 2 milliards de dollars, gère plus de 50% du pétrole Syrien, exploite le coton, le blé, le phosphate, et paie bien ses fonctionnaires avec des salaires qui se situent entre 400, et 1000 euros et même plus. Une aubaine donc pour les jeunes Africains et d’ailleurs qui se voient abandonnés à leurs propre sort et qui ne savent à quel sain se vouer. La grande préoccupation des Etats devrait être la lutte contre le chômage, le bien-être des populations. Faire éviter au maximum les violences politiques. Les pays en proie aux violences politiques exposent leurs jeunesses au terrorisme. Ils grandissent avec la haine, la rancœur. La cruauté dans l’esprit. Ils deviennent vulnérables et susceptibles de chercher à se radicaliser avec le temps et rendre la monnaie à ceux qui ont décimé leur famille ou qui leur ont empêché à un moment donné de leur vie d’atteindre leur bonheur. Le Togo, pays pauvre, avec un taux de pauvreté de près 60 % devrait poursuivre ses réformes économiques, politiques surtout celles qui ont trait à la réconciliation afin d’arriver à panser toutes les plaies, les blessures et apaiser tous les cœurs pour parvenir à avoir une jeunesse qui oublie les maux du passé, une jeunesse qui pardonne qui travaille avec un salaire décent et une jeunesse réconciliée et qui pardonne. Cela ferait disparaître la vulnérabilité et la tentation de se faire recruter par les Organisations terroristes.

 

Firmin-Teko Agbo

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