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Culture

Gervais Yoropo François Kwéné (Producteur audiovisuel) ”Il faut repenser le mode de fonctionnement de l’audiovisuel”

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Faites-nous une brève présentation de votre personne.

Je suis Bwaba originaire de la Boucle du Mouhoun dans la province de la Kossi  précisément du village Zèkui toumbala. «Yoropo zèrè » en bwamou signifie «Demain sera plus grand qu’aujourd’hui » Je vis avec cette espérance dans ma vie en disant que mon passé est moins élogieux que mon présent et mon futur le sera davantage. Je suis cinéaste, producteur/réalisateur. Je suis également consultant en communication et promoteur de plusieurs évènements. Depuis octobre 2013, j’ai mis fin à mon mandat de gestionnaire à Artiste Productions. Car j’estime que quand on parle d’alternance, c’est à tous les niveaux. J’avais passé plus d’une décennie à la tête de cette structure, j’ai fait mes preuves, je suis quelqu’un qui aime laisser la place aux jeunes. Même si malheureusement mon départ a occasionné la chute de la  boîte. C’est vraiment regrettable et dommage de faire ce constat. C’est un capital qu’on ne doit pas laisser mourir. Les actionnaires que nous sommes ont le devoir d’y veiller. Partant de là, j’ai créé une structure baptisée Toubacom. Grâce à elle, j’ai fait beaucoup de réalisations et je parcours les quatre coins du pays et au-delà de nos frontières.

 

Pourquoi vous vous êtes lancé dans le cinéma ?

Le choix s’est imposé à moi. La culture est venue à moi depuis le jeune âge parce que les gens trouvaient que j’étais rigolo. Paradoxalement certains me trouvent souvent rigoureux car je suis, selon certains, exigeant. J’ai fait partie d’une troupe théâtrale au lycée Marien N’Gouabi. J’ai participé au CASEAO à l’atelier théâtre burkinabè. A l’Université de Ouagadougou, j’ai été approché par le réalisateur Raymond Tiendré pour des castings. Je me suis inscrit en département Art et Communication car je voulais être journaliste. Je rêvais d’être chroniqueur sportif et j’avoue que je suis quelqu’un qui aime initier tout. J’ai été membre de plusieurs activités culturelles dans la capitale, bref, j’aime faire plusieurs choses à la fois. C’est de fil en aiguille comme ça que je me suis retrouvé à Artistes Production pour ensuite véritablement me lancer dans le 7e art.

 

Parlez-nous de votre filmographie

Si je prends par palette nous avons la série « Quand les éléphants se battent », c’est 26 épisodes de 26 mn. Toujours dans les séries, il y a les «concessions » qui fait 52 épisodes c’est une coproduction avec CMCM du Mali fait en 2010-2011. Il y a eu «Au clair de la lune » avec la compagnie Marbayassa. Pour les courts métrages, il y a eu beaucoup. «On ne mange pas les mercis » qui porte sur la corruption. Comme fiction long métrage, « Une femme pas comme les autres». En documentaire je peux citer «Koom lakré » c’est un film que j’ai fait dans les années 2001-2002, coréalisé avec Laurence Tiao dans le cadre de la classe de cinéma au Festival international film francophone en Belgique. Ce film a eu un prix au FIFEN à Niamey. J’en ai réalisé plusieurs, à telle enseigne qu’il me serait fastidieux de tout les énumérer.

 

Que devient justement la structure faîtière Artiste Production ?

Quand j’aborde la question d’artiste Productions, c’est avec un pincement au cœur. Nous avons donné beaucoup d’espoir à cette structure et il y a eu des alertes. Dans la vie il faut tirer des leçons et savoir s’arrêter aussi à temps. Ma philosophie n’était pas de casser quoi que ce soit. Il y a eu des difficultés et c’est à mettre à l’actif de la collaboration humaine. Etre ensemble, c’est aussi palabrer, aujourd’hui les résultats sont là. Cette structure n’est pas morte, elle a atteint son apogée, mais aujourd’hui c’est le déclin. C’est dommage de le dire mais, j’espère que tout reprendra. Je ne veux pas revenir dans les détails, mas j’ai l’impression qu’au Burkina, nous avons une certaine habitude dans la gestion des choses. C’est du linge sale, à mon avis qu’on doit laver en famille.

 

Au niveau de la diffusion des séries et films sur les chaînes de télévision, il semblerait que les réalisateurs vendent leurs films à vil prix. Il n’y a pas de cohésion dans vos actions ce qui irrite beaucoup les cinéastes. Quel est votre point de vue ? 

C’est parce qu’on n’a pas vraiment de distributeur  en Afrique au sens propre du terme. La distribution telle que pratiquée ici en Afrique ne ressemble en rien à celle qui est faite aux USA et en Europe. Il n’y a pas d’accompagnement de bout en bout des distributeurs. Ici les distributeurs nous approchent et vous fabriquez votre produit, il vous exige 30% voire 40%. Ils se font du magot sur des œuvres qui ne leur appartiennent pas. Quand ils prennent, en réalité, il y a un manque à gagner parce que c’est le même taux. Quand ils disent qu’ils négocient au prix fort, au final, ce qui va te revenir est largement inférieur. Ce que Missa Hébié a dit, en se plaignant des réalisateurs qui vendent à vil prix leur film, c’est la faute à tout le monde ! Nous ne sommes pas organisés ! On ne sait pas faire front et bloc derrière l’intérêt supérieur. Chacun pense à son intérêt personnel. Chacun veut qu’on parle de lui au lieu du Burkina et c’est vraiment dommage ! Je suis content que les gens commencent à s’alarmer, ils n’ont rien vu d’abord parce que le problème est toujours là.  Quant A+ a commencé il y a deux ans, c’était au Burkina ici qu’ils nous ont rencontrés individuellement. Mais pourquoi ils ne nous ont pas rencontrés ensemble ? Quand les Sud-Africains sont venus après, certains se sont rués sur le million qu’on leur proposait oubliant qu’ils pouvaient attendre plus tard et gagner le triple. Tous ceux qui se plaignent aujourd’hui, sont responsables. C’est la loi du marché : quand vous connaissez la valeur de votre produit, vous pouvez vous décider de le vendre ou non selon vos désirs. Là où je n’apprécie pas les diffuseurs, c’est parce qu’ils mettent tous les  programmes dans le même panier. Alors que les valeurs doivent se traiter par palette et par échelle. Il y a des séries dont la qualité laisse à désirer. Mais quand vous partez chez les diffuseurs, ils achètent. Si c’est 100 Euros, ça concerne tout le monde. Pas de sélection au préalable. Mais quand c’est chez eux en Europe, il y a des barèmes de paiement. Mais les Africains sont responsables de cette gabégie ! C’est la raison pour laquelle, depuis 2012, nous sommes en train de voir comment nous pouvons organiser un forum international sur la production, la distribution et la diffusion pour que nous parlions d’un même langage. Par exemple une chaîne de télévision ne devrait pas produire, elle doit diffuser.

 

Est-ce que c’est ce qui justifie l’absence des cinéphiles dans les salles de cinéma ?

Le problème des salles est un problème structurel. Malheureusement, nous avons cru à un certain moment que c’était un problème conjoncturel lié à une crise. C’est en fait un véritable problème chronique.   Donc le diagnostic doit être fait minutieusement en posant les bonnes questions en vue d’une reformulation des réponses adéquates. Avec les nouvelles autorités qui sont là, j’admets qu’il faut repenser le mode de fonctionnement du secteur de l’audiovisuel et du cinéma. Les jeunes ne viennent plus au cinéma parce que c’est une passion, mais parce que c’est un gagne-pain. C’est en cela que le ministère de la Culture est interpelé. Il exerce un rôle de contrôle et chacun doit faire son travail. Si on te paie à la fin du mois, avec l’argent du contribuable, tu dois aussi faire bien ton job ! Aujourd’hui qui tourne ? Les véritables professionnels se cherchent ! J’estime que le ministère de la Culture et du Tourisme encourage la médiocrité et ça j’assume mes propos ! Il faut repenser les choses. Quand j’ai renouvelé ma carte de producteur, j’étais classé au 37  et ma carte de réalisateur, je suis 34e. Je ne connais pas le répertoire. Il y a combien de structures de production au Burkina ? Il y a combien de réalisateurs? Mais tous reçoivent des subsides du ministère de la Culture et du Tourisme qui encourage la médiocrité et enfonce davantage la culture ! Les fonctionnaires mécaniques doivent se trouver un autre travail. Aux USA, il n’y a pas de ministère de la culture.

 

Le FESPACO serait en train de perdre sa notoriété d’antan. Comment faire pour le faire renaître ?

Je crois que les gens font fausse route ! Si le FESPACO ne s’entretient pas dans ce monde en pleine mutation, sa réputation doit prendre un coup. Le monde bouge et il faut être au diapason des nouvelles technologies. Le FESPACO est un joyau qu’on doit jalousement préserver. En termes d’ancienneté, de modèle d’organisation, de modèle de fonctionnement, d’acquis, ce festival doit être un exemple. On a mis des fonctionnaires au FESPACO qui ne pensent que carrière. Pourtant leur plan de carrière comme le mien, est la contribution au développement de la filière dans laquelle je suis. Quoi qu’on dise, les autres festivals ne peuvent pas damer le pion au FESPACO. Bien au contraire la pléthore des festivals peut permettre de renforcer le FESPACO dans son leadership. Mais c’est à nous de sauvegarder ce label de qualité.  Il faudrait aussi et surtout que nous ayons un ministre qui soit à la hauteur de ses ambitions. 

 

Nous abordons une nouvelle année pleine de changements socio-politiques. Quels seront les défis auxquels vous aurez à faire face cette année ?

Tout d’abord avec la structure Toubacom Production, je suis en chantier sur plusieurs fronts, notamment sur la coproduction d’un court métrage qui s’intitule «Folon ». C’est un court métrage de mon jeune-frère Hermann Kwéné où je suis en coproduction avec «Brand Image Etalon Film» et d’autres partenaires européens. J’ai également une série baptisée « Haro aux criminels du genre ». Bref, Plusieurs longs métrages seront réalisés cette année. Je suis surtout en train de réaliser un documentaire commandité par l’Union africaine sur les 50 ans des Jeux africains. Enfin je viens de créer une ONG baptisée AVIS International qui consiste à créer un centre de formation dans toutes les filières avec un modèle de parrainage, de suivi, d’accompagnement et des taux de remboursement sans intérêt mais avec la ferme décision d’être un promoteur local dans sa région. Donc effectivement c’est un vent d’espoir qui a soufflé sur le Burkina à la faveur de la situation insurrectionnelle. C’est au peuple burkinabè de s’en saisir mais il paraît que les gens n’ont pas compris. Certains ont compris l’insurrection comme une réclame de l’ère révolutionnaire sankariste, les résultats sont là, ça a donné autre chose. C’est vrai que le président élu a fait partie du passif de l’autre mais, qui ne commet pas de fautes ? Ce qui est important c’est la repentance.  Je crois que la rupture est consommée. Le peuple burkinabè est plus que jamais mûr. On ne pourra plus faire comme avant.

 

Source : notretempsbf.com

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