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Changement climatique : l’Afrique de l’Ouest se tourne vers l’or vert

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Suite à la crise d’énergie récurrente qui a paralysé l’essor socio-économique des Etats de l’Afrique Occidentale depuis 2006, une politique de vulgarisation des énergies renouvelables est en cours d’exécution dans cette région du continent pour pallier aux conséquences du changement climatique. En Afrique sub-saharienne le vent ne s’arrête jamais de souffler et le soleil de briller mais cette zone de l’Afrique est en manque d’énergie pour son développement.

 

 La population de cette région qui croit à un taux moyen de 2,67%, est estimée à 265,13 millions d’habitants sur une superficie de 5,1 millions de km2 soit 17% de la superficie totale du continent. Dans certaines métropoles en Afrique de l’Ouest, le quotidien des populations rythment avec la rupture intempestive entravant ainsi tout effort de développement. Face aux déboires des populations, les petites structures d’interconnexions se mettent en place un peu partout en Afrique de l’ouest.

 

Par exemple, le projet gazoduc à pic dans « la zone spéciale de prospérité » réunissant quatre pays dont le Nigeria, le Benin, le Togo et le Ghana. Ce projet qui avait été lancé en 2006, a permis de drainer le gaz depuis la ville d’Ikeja au Nigeria jusqu’à celle de Takoradi au Ghana, soit une distance de 700 kilomètres. Cette interconnexion permettra de fournir du gaz à une population estimée à environ 20 millions.

 

Suite à la récente crise des énergies traditionnelles en Afrique de l’Ouest, les gouvernements se sont tournés vers les sources d’énergie écologiquement propres et économiquement rentables.

Des subventions de plusieurs milliards de francs CFA sont accordées par les gouvernements et institutions de cette région aux projets de biocarburant qui pullulent un peu partout.

La plupart des projets sont pilotés par le fonds Africain pour les Biocarburants et les Energies Renouvelables (FABER) dont le siège se trouve à Lomé dans la capitale togolaise. « Au niveau régional, le Programme Régional de Développement des Energies Renouvelables et d’Efficacité Energétique (PRODERE) a permis de réaliser, dans sa phase 2013-2014, l’accès à l’énergie de manière directe et indirecte. C’est ainsi, le FABER va lancer un projet d’ici peu pour l’installation de 200 MW de centrales solaires dans les huit pays de l’Union, à raison de 25 MW par pays », a expliqué Thiérno Bocar Tall, Président Directeur général de la Société Africaine des Biocarburants et des Energies Renouvelables (SABER).

Ce fonds mis en place par la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’ouest, CEDEAO, est financé par la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO, BIDC. Selon Thierno Bocar Tall, le FABER a pour mission d’aider, d’encourager et de faciliter les projets viables allant dans le sens des énergies renouvelables à partir d’un flux plus élevé d’investissements tout en contribuant à la réduction des gaz à effets de serre dans l’atmosphère.

 

Au Bénin, dans le cadre du Projet de Fourniture des Services d’Energie (PFSE) de la Direction Générale de l’Energie, il est envisagé, dans le cadre du projet de la composante biomasse, la production locale du bioéthanol et de biodiesel.

A cet effet, un programme de développement des biocarburants est en exécution au Benin et permettra de produire du biodiesel à partir du ricin (ricinus communis), de la pomme d’anacarde et du jatropha curtas (poughere) une plante réputée pour sa propriété oléagineuse.

Un autre projet piloté par l’Association Jeunesse sans Frontière a permis de produire du biocarburant aujourd’hui utilisé pour faire fonctionner quelques moulins dans les zones rurales.

 

Pour le président de l’Association Marcellin Aigbe, qui est également un chercheur en ressources naturelles endogènes des plantes euphorbiacées oléagineuses africaines ; « on peut faire beaucoup de chose avec du jatropha curtas ou poughere. Avec notre association on arrive à obtenir du biocarburant à partir de cette plante que tout un village du sud du bénin utilise en substitution du pétrole. Si le gouvernement béninois qui heureusement reconnait aujourd’hui le besoin de diversifier les sources d’énergie peut investir un peu plus dans ce secteur, cela réduira notre dépendance vis-à-vis de l’hydroélectricité qui d’ailleurs pollue la nature ».

Ce chercheur pense que l’Afrique peut aujourd’hui se libérer en se tournant vers le biocarburant puisque le continent dispose de la surface cultivable nécessaire.

A l’instar du bénin, du Mali, la culture du Jatropha devenu « l’or vert » est déjà assez avancée.

Cette plante est très largement utilisée comme haie dans le pays sur environ 10000 kilomètres.

 

Au Togo, afin d’être en phase avec les objectifs des Nations Unies en termes de promotion des énergies renouvelables, le Togo se dote d’un plan d’action des énergies renouvelables dénommé, ’’Energies renouvelables pour tous’’. Selon les autorités togolaises, ce plan permettra de revaloriser le potentiel en énergie renouvelable du Togo, et ainsi réduire la consommation des énergies fossiles par l’utilisation des énergies vertes. Ce programme permettra au Togo selon M. François Bolidja Tiem, Ingénieur électricien et Directeur planification et investissement à la CEET de porter la puissance installée pour les énergies renouvelables au Togo à hauteur de 331 Mégawatts. « Ainsi, d’ici à 2030, nous prévoyons construire une centrale de production d’énergie à base des énergies renouvelables. Quant à l’économie de l’énergie, nos travaux conduiront à une économie de 2 millions de Gigawattheure jusqu’ en 2030 », a-t-il confié.

 

Dans cette perspective, la construction et l’exploitation technique d’une centrale solaire photovoltaïque au nord du Togo a été annonce en octobre 2015. Cette centrale d’une capacité de production comprise entre 2 et 10 mégawatt-crêtes (MWc) permettra de couvrir le nord du Togo en termes d’énergie renouvelable. Outre cette initiative, la Société Africaine des Biocarburants et des Energies Renouvelables (SABER) a implanté dans 22 villages, dont 15 dans les régions des Savanes, 2 dans la Kara, 4 dans la Centrale et 1 dans les Plateaux plus de 15 000 lampadaires solaires.

Sur les 35 pays de la planète à forte radiation solaire, 17 se trouvent en Afrique d’où la nécessité de mettre cette énergie à profit du développement du continent.

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Pour certains experts comme le Togolais Awi Mewine-Esso, ingénieur en énergie solaire pensent qu’il faudra passer à une vitesse supérieure en vue de doter les zones rurales de puissantes plaques solaires. « Je fabrique des plaques solaires pour l’électrification des maisons, des séchoirs et cuisinières solaires et plusieurs types d’appareils pouvant servir dans les zones rurales. Les gouvernements africains doivent penser un peu plus à la vulgarisation de l’énergie solaire pour promouvoir le développement durable car très bientôt les gisements de pétrole vont finir et tout le monde se tournera vers d’autres sources d’énergie », a expliqué Awi Mewine-Esso au cours de la Foire Internationale de Lomé consacrée aux énergies renouvelables.

« La côte Ouest africaine dispose de la plus grande radiation solaire en moyenne 95% par jour soit 6,5 KWh/m2 et pourtant sa vulgarisation reste un problème comme tenu du cout élevé des installations. J’exhorte les gouvernements à investir dans ce secteur prometteur car le soleil est un don pour l’Afrique », a-t-il ajouté.

 

Au Ghana un pays qui rite sa production d’énergie du barrage d’Akossombo, l’heure est également à une politique de diversification des énergies renouvelables à cause de la rareté des pluies en Afrique de l’Ouest dû au changement climatique.

Tout récemment, une usine de production du biodiesel vient d’être inaugurée au Ghana dans la zone industrielle pour la production du biodiesel. Un autre projet concernant la transformation du tournesol en biocarburant est déjà en exécution. Ainsi les 230 hectares de culture de tournesol, situés à Tumu, Walewale, Mpaha Damongo au nord et Agona asafo Swedru au centre du pays, ravitaillent une usine de production de biodiesel depuis 2010.

 

Pour Issah Sulemana, directeur de Tragrimacs (Tropical Agricultural Marketing and Consultancy Service), l’objectif visé par ce projet est de produire du biodiesel localement afin de limiter aussi l’impact sur l’environnement des sources d’énergie issues des hydrocarbures.

Le Nigeria, bien qu’étant un grand producteur de l’or noir se trouve également confronter aux problèmes de délestage.

Pour redresser la manche, le gouvernement de l’état de Kaduna situé au nord-est, a commencé à produire du biocarburant à partir de la canne à sucre en vue de diversifier les sources d’énergie.

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Un projet de production de biocarburant à base de sorgho est aussi en préparation au Nigeria. Il permettrait de produire 240 000 litres/jour sur 10 000 hectares, destinés à la consommation intérieure.

L’or vert suscite un engouement particulier au Sénégal où un programme national de culture de Jatropha est en cours d’exécution et devra atteindre une superficie de 320000 hectares.

Dans ce contexte , la Compagnie Sucrière sénégalaise (CSS) a, il y a quelque années, inauguré au nord du pays une distillerie pouvant atteindre une production moyenne d’environ 8 à 12 millions de litres d’éthanol par jour à partir de la mélasse issue de la transformation de la canne à sucre.

Quant à l’énergie éolienne, son utilisation à grande échelle n’est possible que dans les pays côtiers à l’ouest du continent africain car la vitesse du vent y est habituellement faible dans les pays enclavés de l’Afrique subsaharienne.

 

Toutefois les états de cette région doivent commencer par penser à sa vulgarisation à travers de petites structures de drainage pour faciliter l’agriculture.

 

La biomasse demeure la source d’énergie la plus utilisée en Afrique Occidentale

Selon les estimations, 86 % de la consommation énergétique est produite à partir de la biomasse représentant 70 à 90 % de l’approvisionnement en énergie primaire.

Le biogaz est une autre technologie d’utilisation à petite échelle de la biomasse qui a suscité un engouement sans précédent ces dernières années.

 

En Côte d’Ivoire, près de 9 milliards de francs CFA ont déjà été investis pour initier une nouvelle stratégie de collecte et de traitement des déchets urbains à Abidjan pour sa transformation en biogaz.

Toutefois une transformation à grande échelle doit être étudiée car certains problèmes sont survenus quant à sa diffusion massive.

 

Les projets sont porteurs d’espoir pour une autosuffisance énergétique mais pour atteindre ce point ; il faut mettre en place des politiques publiques énergétiques et agricoles cohérentes qui devront évaluer les besoins locaux et les potentiels de production d’agro-carburant compatibles avec les productions vivrières. A l’instar du Benin, du Togo, du Ghana, du Sénégal et du Nigeria, de la Côte d’Ivoire, les pays de l’Afrique de l’ouest se tournent vers des énergies renouvelables pour être à l’abri des conséquences liés au changement climatique. 

Comme le dit bien l’adage chinois, « le plus long chemin commence toujours par un petit pas » ; l’Afrique Occidentale vient d’entamer un pas de géant pouvant conduire à l’autosuffisance énergétique, le socle même de l’industrialisation.

 

Dossier réalisé par Ekoue BLAME et Emmanuel ATCHA

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