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Culture

82ème édition d’American Dance Festival

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A Durham, ville de l’Etat de la Caroline du Nord, dans le sud des Etats-Unis, l’été est essentiellement marqué par la danse. Ici, quand le soleil s’impose comme l’astre dominant de l’été, American Dance Festival, l’un des plus importants festivals de danse américains – ne serait-ce que par son âge, 82 ans – propose les meilleurs crus venus de figures incontournables de la danse au monde. Plusieurs centaines d’étudiants en danse, de jeunes chorégraphes stagiaires, de pédagogues de la danse de grande renommée… rejoignent le festival. Le rêve attend tout le monde et tout le monde s’attend au rêve ! Le vœu est exaucé et renouvelé, au fil des éditions par les soins d’une programmation éclectique et plutôt attentive vis-à-vis d’un public et de professionnels au regard avisé et pointu.

 

Programmer à ADF, c’est en effet, une gageure et une prise de risque que Jodee Nimerichter, ancienne présentatrice-vedette à la Télévision, devenue Directrice de ADF, assume volontiers. Une fois encore, l’offre qu’elle propose cette année, pour la 82ème saison du festival est très relevée. La première mondiale du chorégraphe Shen Wei et sa compagnie Shen Wei Dance Arts « UNTITLED No. 12-2 » en ouverture du festival au Durham Performing Arts Center (DPAC), il y a quelques jours l’a si bien attestée. Pour une ouverture, c’était un bon augure ! Cette création – une co-commande d’ADF – a ainsi mis la barre de la programmation de la saison en cours à un niveau élevé. Heureusement, jusqu’à ce jour aucun spectacle au programme n’a baissé la barre, pour ainsi dire. Bien au contraire, la qualité des créations, leurs forces, leur profondeur de recherches, etc. montrent au jour le jour que ADF 82 n’a pas fini de dévoiler toutes ses richesses et ses batteries.

 

Retour sur une marquante ouverture !

Dans sa pièce « UNTITLED No. 12-2 », la chorégraphie de Shen Wei est abordée en rapport avec sa passion et sa pratique de l’art plastique. Ici, c’est la fusion des mouvements des danseurs avec la gigantesque fresque plastique qui défile sans cesse sur écran en fond de scène qui crée un intérêt particulier. Ces peintures grandeur nature qui apparaissent à l’écran sont l’œuvre récente du chorégraphe. Elles évoquent la Chine, pays d’origine de l’artiste. La blancheur saisissante du paysage, les montagnes enneigées, des rivières dormantes, les oiseaux,…et, et, et surtout le temps s’écoulant, se montrant inexorablement fugitif…la contemplation de la nature donne envie du voyage. Traduit-elle la nostalgie d’un artiste qui a choisi depuis des dizaines d’années de vivre à New York ? Et qui a fondé en terre américaine – plus précisément à Durham – il y a exactement quinze ans, sa compagnie ? Signe de réminiscences d’un artiste très tôt initié à la peinture traditionnelle chinoise et qui a avant tout reçu sa formation en technique d’opéra chinois ? Ou plutôt, est-ce la recherche d’un havre intérieur ? Le silence qui accompagne en très bonne partie les mouvements au fil de la pièce est aussi saisissant et pourrait en dire long. Le silence semble nourrir la force des gestuelles qui donnent à penser à une certaine méditation. De plus, le contrôle du souffle est constant chez le danseur.

 

L’art de Shen Wei, est presque un défi visuel, mêlant danse, peinture et art numérique. L’enjeu consiste presque pour le danseur à permettre au spectateur de vivre beaucoup plus l’œuvre par la vue que par l’ouïe. Parfois le corps peut devenir un écran pour l’image, sans faire écran à la danse. En tout état de cause, la première mondiale de « UNTITLED No. 12-2 » à ADF, est plein de symbole pour cette emblématique figure en danse. 12 est le nombre de ses tableaux filmés et projetés, 12 est le nombre de danseurs qui défilent un temps avant d’être rejoints par d’autres pour en former 16. C’est à 16 ans qu’il a en effet commencé par recevoir sa formation en peinture. Et la peinture le poursuit jusqu’à ce jour bien qu’il jouit aujourd’hui d’une notoriété incontestable au plan chorégraphique…

 

Renouvellement de « cartes » !

C’est également à juste titre, qu’après l’entracte, la toute première œuvre de l’histoire la compagnie a été montrée : « Map » (Ndlr : Cartes), tel est le tire. Tout comme une ancienne carte, nouvellement reconstruite, « Map » s’attèle à redimensionner l’espace et à le propulser jusqu’aux hauteurs extrêmes de l’avant-scène avec plusieurs ballons bien géants, grands tous peints à la main par Shen. La composition musicale de Steve Reich qui accompagne les mouvements, souvent d’ensemble et les envolées des ballons à hélium, est propulsive. Il y a comme une recherche de mainmise sur des objets à vent naturellement volatiles. Pourtant la main de l’artiste y a laissé des annotations et des écritures en forme d’idéogramme, des espèces d’arabesques et signes divers. On dirait que cette mise à jour de « Map » est pour le chorégraphe, une exploration du passé pour une propulsion des idées qui volent vers un futur pour l’instant inconnu.

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En somme, la soirée consacrée à Shen Wei Dance Arts a permis de revivre le passé d’un chorégraphe que l’on ne présente plus – il a été, pour exemple, le maitre d’œuvre de la chorégraphie en ouverture des cérémonies des Jeux olympiques de Pékin en 2008 – et de situer son présent riche et brillant ! Il faut par ailleurs dire que ce 82ème ADF est dédié à une éminente figure de la danse africaine aux Etats-Unis. Chuck Davis, c’est son nom. Un pédagogue des danses traditionnelles africaines qui connait bien le Togo, nombre de ses danses folkloriques pour y avoir effectué plusieurs séjours de recherche. Il est le fondateur de « l’African-American Dance Ensemble » (Ndlr : L’Ensemble chorégraphique des Africains Américains) basé à Durham et du Festival « Dance Africa » à New York. via ses cours de danse – aux allures festives- et qui drainent foule, il vulgarise des mouvements et pas identitaires et patrimoniaux africains, que ses nombreux voyages à travers plusieurs hameaux africains lui ont préalablement permis d’acquérir. Il a eu droit à un touchant hommage, en tout début de la soirée inaugurale. «  Respect pour vous…La paix, l’amour, le respect pour tous ont marqué l’ensemble de votre œuvre », a salué Jodee Nimerichter, s’adressant à lui.

Dieudonné Korolakina, à Durham (Caroline du Nord)

source : (TOGO MATIN) Dieudonné

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