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Culture

82ème American Dance Festival : Le Ballet Folklórico Cutumba entre l’Afrique et le Cuba

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L’une des plus grandes attractions du 82ème American Dance Festival en cours, est le Ballet Folklórico Cutumba. Sa représentation riche et colorée a été l’une des plus applaudies de la saison finissant d’ADF.

 

S’il y a une image qui a marqué l’esprit du spectateur au sortir de la représentation du Ballet Folklórico Cutumba au 82ème ADF, eh bien c’est sa danse au moyen de rubans mosaïques, très colorés suspendus sur un mât en plein milieu de la scène. Au bout du fil que chaque danseur tient fermement, il exécute une danse énergétique, frénétique et chante. Le charme et le saut sont au rendez-vous, tout comme tout au long des six pièces dansées. Dans leurs mouvements très vifs et gais, les danseurs se déplacent sur, sous et à travers, pour en tisser une image. Ils sifflent comme s’ils s’invitaient à aller à un rythme plus vertigineux sous le rythme des tambours très rapides à ce propos. Au bout du sifflet final, l’image est celle d’une armure ! Mais aussi celle d’un pagne de batik comme on les retrouve sur les marchés artisanaux togolais, béninois ou encore nigérians… L’image est pareille à celle d’un tisserand qui parachève, fatiguée et à coups de sueurs, sa journée, mais dont le résultat est attrayant à tout point de vue, y compris de son propre point de vue. C’est une tapisserie hors pair qui s’offre aux yeux du public… Mais en même temps, en inversant les rôles, l’effet contraire a été obtenu aux vues et aux sus de toute l’assistance de « Carolina Theatre of Durham », qui s’est automatiquement mise debout comme un seul homme pour saluer cette mythique formation folklorique venue de Santiago de Cuba. C’est à croire que le public était déjà informé de la représentation finale. Mais, que nenni ! C’était plutôt la magie de la communion.

 

Tout le fil de cette représentation, en effet, la communion entre le public, les danseurs et les musiciens étaient le maître-mot. C’est surtout ce qui est donné à vivre dans la pièce « Calling the Drums » où les trois batteurs Rolando Gómez Vinent, Ramón Márquez Domingez, et Diango Sánchez Cobas, tout de blancs vêtus avec des tambours attachés à leur corps ont échangé de façon hilarante avec le public, sans jamais user de la parole, leurs appels de tambours sont très communicatifs.

 

Quand on est originaire de certaines régions d’Afrique de l’ouest et qu’on assiste aux représentations du Ballet Folklórico Cutumba, mille et une questions tourmentent l’esprit. A écouter les intonations des chants, la musicalité des tambours, la langue, les gestuelles, les costumes…on se croirait sur les frontières du Togo et du Bénin ou soit du Bénin et du Nigéria. A juste titre, on a partiellement la réponse à ces questions avec la première sortie intitulée « Procession Kings Parti ». C’est toute l’histoire des mouvements des afro-cubains entre leur terre d’origine et leur Cuba d’aujourd’hui qui est formidablement dansée. « Le commerce des esclaves a tué des millions d’Africains, mais il n’a pas tué Orisha », soutient le chorégraphe Roberto David Linarès. Orisah reste leurs symboles même sous le manteau de l’église et d’autres voies romaines catholiques ne sont pas immédiatement apparentes aux blancs.

 

 La pièce montre comment la plupart des traditions de danse et de tambour africaines ont survécu jusqu’à Cuba. « Chez les Yoruba, les esclaves amenés par la traite des esclaves, on dansait en l’honneur de sept divinités. L’Epiphanie était ainsi célébrée par une procession pour sept divinités de la tradition Yoruba dont Yemaya est un exemple vivant. Déesse des Océans, la Grande Mère, Reine de la nouvelle année, elle a glissé facilement sous le manteau bleu de la Vierge Marie. C’est un hommage dansé, rendu à sept des grandes divinités yorubas, démontrant leurs pouvoirs et caractéristiques », explique Idalberto Bandera, le Directeur artistique du ballet.

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Il faut dire que la danse pour le Ballet Folklórico Cutumba n’a aucune prétention philosophique. Et la simplicité du thème générique des six pièces en dit long : « Roots and cuban tradition » (Ndlr : « Racines et tradition cubaine. » Mais elle se fait remarquable par sa brillance, sa flamboyance et son excitation. Beaux accoutrements colorés et percussions à couper le souffle !

 

Dieudonné Korolakina, à Durham (Caroline du Nord)

Togo Matin N°008

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