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Culture

82ème American Dance festival : Eiko, de Fukushima à Durham

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Eiko, la danseuse japonaise basée aux Etats-Unis imprime à sa performance « A body in the places » (Ndlr : Un corps dans des lieux), sa douleur néée des événements de Fukushima, à l’occasion du 82ème American Dance festival.

 

Eiko, c’est son nom. En écho aux catastrophes de Fukushima qui ont durement frappé en 2011 le Japon, son pays d’origine, sa pièce, sort le public des salles ordinaires qu’il côtoie, avec les dispositions frontales scènes et salles. Nous sommes dans un magasin d’entrepôt de post-production, le Cordoba Center for the Arts, sis au cœur du vieux Durham dans l’ancien quartier industriel. La danse s’annonce au loin, au-delà de l’espace principal du jeu. Un corps, le visage poudré, des feuilles de fleurs en mains. C’est un être tout étrange. On pourrait soupçonner un revenant. On pourrait imaginer l’attente de l’exécution d’un rituel. Surtout dans une telle salle – admettons – et avec un public très sélect et intimiste (environ 80 personnes) – selon l’exigence de l’artiste. Une assistance assise à même le sol. La silhouette qui avance péniblement est énigmatique et surtout fantomatique. Elle entre enfin ! L’énigme est totale. Le solo de Eiko s’éclot tout lentement. Le corps qui se meut à proximité du public est à la fois humain, animal, végétal… il est constamment en transformation. Il tient sur les deux pieds, il titube, il rampe, il est naissant, il est souffrant, croulant, mourant…le regard est tourné tantôt vers le ciel, tantôt vers le sol, tantôt encore vers le public. La danse est très lente, mais elle progresse. Elle se développe en arpentant autant que possible plusieurs points de l’espace. Elle est parfois au plus près sous les yeux du spectateur, elle touche les murs, elle défonce la porte et défie l’espace qu’elle élargit jusqu’au dehors…Cependant, l’on retiendra surtout tout le voyage, un voyage intérieur. Mais pour être effectué, le voyage demande au corps dansant de se saisir de tous les éléments extérieurs. Ce corps – matière en profonde mutation – les palpe, les sent, les touche… Sur son itinéraire, l’interprète offre des feuilles de fleurs, elle les reprend, elle se saisit du matelas posé à plat le sol, du drap rouge, etc. autant d’objets qui sont étreints très fortement pour, visiblement, que leur essence puisse toucher au plus profond son être. C’est tout simplement une exploration intérieure et extérieure.

 

Normal ! C’est à la suite d’un voyage sur les lieux des catastrophes de Fukushima, ayant elle-même été profondément marquée par ce fait,  que l’artiste a entamé le projet ayant abouti à «Body in places », le tout premier solo de sa carrière. Elle qui a dansé les quarante dernières années avec son compagnon, Koma  dans le duo connu sous le nom de « Eiko and Koma ». Normal aussi, parce qu’entre les Corps(Organismes) et les Endroits(Places), il y a comme un voyage, un échange, une transmission surtout d’énergie, selon Eiko. C’est aussi pour l’art le besoin d’investir des lieux non conventionnels, voire délaissées et d’y redonner vie.

 

Le Cordoba Center for the Arts qui s’offre comme espace de représentation, est en effet un espace délaissé. Cela saute aux yeux avec quelques matériaux abandonnés, empilés ici et là. « Il a fallu tout un travail pour assurer une certaine salubrité au lieu », raconte Jodee, l’assistante de Eiko. On voit bien, en fin de compte que « Body in palces » est une chorégraphie engagée et engageante qui appelle à une mutation intérieure du corps, celle de l’espace et invitant par-delà à un profond questionnement sur les relations entre l’espace et le corps.

 

« A body in the places », est par ailleurs, une déclinaison du projet photographique « A body in Fukushima » avec l’historien et photographe William Johnston. Ensemble, ils avaient réalisé le voyage sur les lieux. Un voyage qui a donné naissance à des photographies, actuellement exposées dans le cadre d’ADF.

 

Dieudonné Korolakina, à Durham (Caroline du Nord)

source : Togo Matin N°005

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