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Enquêtes & Interviews

Entretien avec Hubert ATUYO, Président de la Défense de Notre Cause Commune, DNCC.

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Depuis quelques moments, l’actualité nationale est marquée par une recrudescence des revendications des travailleurs de l’administration publique. Des mouvements d’humeur que lance sans cesse la Synergie des Travailleurs du Togo (STT). L’ampleur que semble donné ce regrouprement de formations syndicales à ces mouvements de grèves répétitives, et à quelques jours de la prochaine élection au Togo, suscite des interrogations et des préoccupations quant à la sincérité et le mobile réel des actions de la synergie. C’est en cela que la Défense de Notre Cause Commune, DNCC, à travers son président M. Hubert ATUYO, s’est prononcée sur le sujet. Voici le rendu de l’interview réalisée. Bonne lecture.

 

L’actualité nationale est, entre autre marquée par le mouvement de grève déclenchée depuis quelques semaines par la STT. Quel regard portez- vous sur ces événements ?

Dans un pays de liberté, tout citoyen qui se sent lésé peut manifester librement pour faire rétablir ou respecter ses droits, dans la mesure où les droits qu’il réclame n’empiètent pas sur ceux des autres compatriotes. Au demeurant, en ce qui concerne les travailleurs, leur droit de grève est sacré et ils peuvent en user tant que cela leur parait nécessaire. Cependant, cette liberté d’aller en grève a des limites. En ce sens qu’une grève inopportune et sans objet pertinent, est nuisible à l’action syndicale. Dans le contexte général actuel où se tiennent les mouvements de la STT, il y a lieu effectivement de s’interroger sur l’opportunité et la pertinence des grèves perlées qui sont déclenchées depuis quelques semaines.

 

Justement votre avis nous intéresse. Que pensez-vous de l’opportunité et de la pertinence de la grève de la STT ?

Pour parler sans détour, les jeunes diplômés sans emploi qui sont, chaque jour, confrontés aux difficultés de la vie, pensent que les travailleurs du Togo ont actuellement des problèmes de luxe. Nous avons récemment entendu des chiffres qui ont créé un électrochoc au sein de l’opinion, parce que, jusqu’à présent, nous ne savions pas que la condition sociale des travailleurs du Togo avait été aussi considérablement améliorée en si peu de temps.

Plus de 200% d’augmentation de salaire ont été obtenus par certains et, en moyenne, entre 2005 et 2015, tous les salaires sont montés en flèche. Figurez-vous aussi que les salaires des fonctionnaires togolais, constamment revus à la hausse, ont toujours été payés avec une grande régularité, à bonne date.

Dans ces conditions et dans un pays où des milliers de jeunes n’ont pas l’opportunité de profiter des largesses de la fonction publique, qui est-ce qui pourrait comprendre que certains chanceux abandonnent le travail, producteur de richesse, sous prétexte de réclamer la confiture, alors qu’ils ont déjà le pain et le beurre ?

 Dans un pays où la majorité des gens vivent en dessous du seuil de pauvreté, comment pourrions nous comprendre que ceux qui ont plus de privilège que les autres, jettent les enfants qu’ils sont payés pour encadrer dans la rue, pour s’offrir des vacances ?

Nous connaissons tous la situation économique de notre pays, qui n’est pas différente de celle des autres pays de la sous-région. Alors, à quoi rime les débrayages répétés et les revendications fantaisistes et farfelues, telles que la démission d’un Ministre du gouvernement qui ne fait que son travail ?

Les réponses à ces questions simples renseignent sur l’opportunité et la pertinence des grèves de la STT. D’autant qu’il faut savoir que dans le fond, le gouvernement est victime de sa politique sociale.

 

Ah oui ? Expliquez-nous ce que réclame au juste la STT…

Bien. Dans le souci de réduire les effets flagrants de l’injustice sociale, le gouvernement avait cru bien faire en procédant à une augmentation substantielle du SMIG. Du coup, la situation salariale de ceux qui ont les plus petits salaires s’est sensiblement améliorée. Ce n’était que justice ! Mais c’est sans compter avec les autres travailleurs qui, à travers les centrales syndicales, exigent d’avoir les mêmes retombées financières sur tous les salaires déjà relevés. Ça induit une incidence financière énorme à laquelle un pays aux ressources limitées ne peut faire face du jour au lendemain. D’où, la nécessité de négocier pour procéder à une régularisation progressive. Sauf que là, la STT veut tout et tout de suite et s’en sert comme prétexte pour manifester en pleine période électorale. Vous voyez bien que ce sont des problèmes de luxe, très éloignés des salaires insuffisants, irréguliers et partiellement payés d’il y a quelques années seulement.

 

Alors que proposez-vous ? que la STT arrête toute action syndicale parce qu’il y a une élection présidentielle ?

 Non, il ne s’agit absolument pas d’arrêter l’action syndicale sans laquelle le monde du travail n’aurait pas une si bonne organisation. Mais il s’agit d’avoir du discernement. Il s’agit de continuer dans la même dynamique du dialogue social dont les résultats sont appréciés par toutes les autres centrales syndicales. Depuis 2005, pendant combien de mois la STT a-t-elle manifesté pour que les salaires soient revus à un tel niveau d’augmentation ?

 Cela dénote d’une certaine volonté du gouvernement d’améliorer les conditions de vie des travailleurs. Or, qui peut le plus peut le moins. Pour dire que, si le gouvernement a satisfait à de nombreuses revendications des travailleurs sans attendre que la machine administrative soit complètement bloquée par les grèves, alors on peut raisonnablement penser que dans le dialogue, tout le reste pourrait être réglé. D’autant que nous savons que les négociations se poursuivent. Voilà pourquoi le terrorisme syndical de la STT est d’autant plus incompréhensible. 

 

 Que préconisez-vous pour sortir de la crise actuelle ?

Nous ne pouvons qu’exhorter la STT qui est composée de nos parents et de nos amis, brefs de nos compatriotes avec qui nous partageons les mêmes problèmes, à choisir le chemin de la raison qui passe par le dialogue avec le pouvoir. Ce dialogue doit être inclusif, c’est-à-dire ouvert à toutes les autres centrales. Car, au Togo, il n’y a pas de travailleurs plus importants que d’autres. Il s’ensuit que, de notre point de vue, l’instrumentalisation des élèves et étudiants à qui l’on impose des devoirs sur des chapitres qu’ils n’ont pas étudié en classe, dans le but de les pousser à la révolte comme à Gléi, ne s’aurait prospérer.

C’est uniquement autour d’une table de négociation et non dans la rue que les problèmes, s’ils en existaient, serait réglés. C’est un cri de cœur que nous lançons à l’endroit des travailleurs de la STT, afin qu’ils cessent de se singulariser dans la lutte pour l’amélioration des conditions de vie des travailleurs Togolais.

Quant au Gouvernement, nous saluons ses efforts et notons avec satisfaction qu’il reste disposé à négocier. Nous lui demandons de continuer d’être aussi coopératif que possible, afin que la paix sociale soit durablement rétablie. Notre souhait est que tous les Togolais se donnent la main, en ayant à cœur de faire passer les intérêts du pays avant les intérêts égoïstes ou corporatistes.

Enfin, il est du devoir des parents d’élèves de veiller sur leurs enfants par ces temps de tension, afin qu’ils ne deviennent pas des victimes collatérales d’une situation qui ne les concerne pas et à laquelle aucune de leurs manifestations ne pourra apporter la moindre solution.

 

 

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