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Lettre Ouverte à Monsieur Ban Ki Moon, Secrétaire général des Nations Unies

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Lomé le 09 janvier 2015

Lettre Ouverte à Monsieur Ban Ki Moon, Secrétaire général des Nations Unies

 

A l’attention de Monsieur Ban Ki Moon, Secrétaire général des Nations Unies

 

Objet : Sur la situation politique togolaise

 

Monsieur le Secrétaire général, votre Excellence,

Avant toute chose, nous souhaitons nos vœux, les meilleurs pour la nouvelle année. Qu’elle soit, celle des marquants succès pour vous et pour la très haute et honorable institution que vous avez l’honneur de diriger.

 

Monsieur le Secrétaire général,

2015 s’annonce comme une année politique déterminante pour le Togo.

Elle est l’année où aura lieu une élection présidentielle très cruciale, car sujette à toutes les interprétations politiques même des plus spectaculaires. Et elle est l’année où un débat politique sans précédent, relatif aux Réformes institutionnelles et constitutionnelles, agite avec tant de passions toute la classe politique.

L’année qui s’ouvre, par les faits sus évoqués, engagera l’avenir politique commun du peuple togolais tout entier. Il attend beaucoup de ces réformes car, à l’instar des autres peuples, il veut être libre de son destin en pacifiant autant que possible son devenir. C’est pourquoi ces réformes préconisées par l’Accord Politique Global (APG) signé en 2006, dans leur esprit se veulent foncièrement progressives et mesurées, au regard de l’histoire sociopolitique difficile d’un pays comme le Togo, en quête d’apaisement politique depuis longtemps.

 

Et la Commission Vérité justice et réconciliation (CVJR), une émanation même de l’APG, est assez éloquente là-dessus dans sa huitième Recommandations qui stipule que : « la question des réformes institutionnelles constitue un problème complexe qui mériterait d’être posé dans le cadre d’une réflexion sérieuse devant nous amener à nous interroger sur l’adaptation, à nos réalités sociologiques, du modèle occidental en vigueur dans notre pays depuis l’indépendance. Fondé sur l’individualisme et une conscience citoyenne rationnelle, ce modèle éprouve du mal à régir notre société nationale pluriethnique où les réflexes grégaires ou communautaristes continuent d’être prédominants. La CVJR recommande par conséquent l’organisation d’une large réflexion sur la question associant personnalités politiques, juristes, sociologues, historiens, organisations de la société civile en vue de déterminer les institutions en mesure de nous assurer une gouvernance adaptée à nos réalités. »

 

Monsieur le Secrétaire général,

Vu sous ce rapport, il est au fond demandé aux différentes forces et sensibilités politiques de fusionner au sein des différents dispositifs que l’APG met à disposition, leurs différents points de vue sur les questions politiques urgentes et d’avenir de notre pays, en enterrant les ambitions personnelles, en se séparant des stériles passions nées parfois des vieilles querelles politiques.

 

Monsieur le Secrétaire général,

Le rejet par l’Assemblée Nationale, le 30 juin 2014, d’un projet de loi a ouvert la voie à une escalade de débats, voire de joutes politiques frôlant souvent des menaces à la paix sociale, au processus de réconciliation et d’unité, un chantier qui tient particulièrement à cœur au Président Faure Gnassingbé et qu’il bâtit à force de pierre, sans ménager aucun sacrifice, depuis une dizaine d’années.

Dans une telle atmosphère, toute la place libre est laissée au foisonnement de courants d’idées les plus contradictoires, où pareille à une foire d’empoigne, on peut suivre les raisonnements d’éminents universitaires, les arguments des figures emblématiques de la société civile togolaise, des politologues et journalistes très célèbres, etc.

Et l’arrière-fond récurrent à tout ce débat demeure : la rétroactivité ou non de la loi ; l’irrecevabilité ou non de la candidature de l’actuel président de la République, qui n’est pourtant empêché d’aucune manière par les dispositions constitutionnelles en cours.

Tous ces développements sont autant de signes de la vitalité de notre politique et doivent être l’occasion d’un véritable débat au sein de la classe politique. Un débat entre tous les courants d’idées politiques légalement reconnus, même s’ils ne sont pas représentés au parlement. Un débat démocratique associant la société civile et autres acteurs stratégiques de la vie sociale. En somme, un débat citoyen laissant toute sa place à toutes les forces représentatives de la société togolaise.

C’est fort de toutes ces considérations que le Président Faure vient fermement de se saisir une nouvelle fois de son bâton de pèlerin, en décidant de mettre sur pied une « commission de réflexion sur les réformes politiques » composée de personnalités issues aussi bien du monde politique, tout comme d’historiens, de juristes, de sociologues et de représentants de la société civile.

Cette décision est si juste et à propos que les joutes politiques auxquelles l’on assiste à la veille de l’élection présidentielle de 2015, ne sont pas de nature à favoriser une avancée apaisée de la question des Réformes. Et le Chef de l’Etat condamne tout espoir de Réformes bâclées et pressées.

Partageant les mêmes visions que le président Faure Gnassingbé sur ces questions, l’opposant historique et président nationale de l’Union des forces de changement (U FC), Gilchrist Olympio, souhaite que les « reformes se réalisent pour l’enracinement de la démocratie…car des reformes qui visent des intérêts personnels ou qui sont contre certains acteurs auront du mal à aboutir. »

 

Monsieur le Secrétaire général,

De ce débat démocratique historique, doit naître l’impulsion qui permettra d’inscrire véritablement la nation togolaise dans le prolongement de ses Traités fondateurs en tant qu’Etat démocratique, sérieusement moderne et dans le respect de l’intérêt collectif de tout le peuple.

Et nous pouvons vous assurer, Monsieur le Secrétaire général, que bon nombre de partis politiques togolais, naguère alignés sur toutes les actions d’une certaine opposition radicale, commencent par accéder à une telle vision progressive, sereine et certaine du Chef de l’Etat et se réjouissent de pouvoir contribuer de façon constructive à ces travaux du Président qui tient à « un texte de réforme politique de sorte à restaurer davantage de sérénité dans le débat politique… tenant compte de notre histoire, reflétant nos réalités et répondant aux aspirations les plus profondes des Togolaises et des Togolais ».

Ce type de solidarité active, en amont d’une élection présidentielle cruciale et de Réformes politiques très déterminantes dans l’histoire politique du Togo, est à privilégier, car pouvant éviter à la communauté internationale d’avoir à intervenir « à chaud », pour empêcher d’éventuelles violences voire conflits nés de ces malentendus. Cette solidarité est préférable aux interventions de la communauté internationale décidées après-coup, qui sont souvent un remède pire que le mal lui-même.

Ainsi à l’heure où certains mouvements de la société civile togolaise, soutenus par un seul parti politique d’opposition –en l’occurrence l’Alliance nationale pour le changement (ANC) – envisagent de lancer une série des manifestations de rue pour demander des Réformes, il convient d’exprimer ici nos vives craintes quant à l’échec de ces manifestations qui n’aboutiront à nul résultat.

Les propos récurrents, relayés par ce parti et ces associations de la société civile, laissent à penser que l’unique perspective qui est offerte aux Togolais et aux Togolaises est de passer nécessairement aux Réformes avant l’élection, de denier le droit à certains citoyens de candidater à cette élection, peu importe la tribu à payer à l’avenir.

Pourtant, une récente sortie médiatique du parti UNIR vient de clarifier les choses en relevant que « La responsabilité du blocage actuel des discussions sur les réformes incombe à l’ANC », qui utilise le dilatoire et la fuite de responsabilité pour justifier des manifestations de rue de nature à troubler la quiétude sociale indispensable au processus électoral qui est si bonne voie.

 

Nous ne partageons pas cette vision de l’ANC et des pseudos associations de la société civile, membres dudit parti.

Certes, la question des Réformes est importante pour le Togo pour avancer sur les chantiers, en cours, de la démocratie et de la modernisation du pays. Mais nous devons proscrire toute fixation susceptible d’empêcher que l’on cueille de beaux et durables fruits à la suite des Réformes. « Les réformes institutionnelles doivent notamment viser la mise en place de mesures garantissant de meilleures conditions pour l’alternance démocratique », autant que le rappelle une des recommandations de la CVJR.

Les Réformes ne serviront à rien si elles ne dynamisent pas la vie politique de notre pays.

Ainsi, il n’est pas question pour nous de laisser modifier notre Loi fondamentale à quelques mois de l’échéance présidentielle au simple motif, d’ailleurs que le Protocole additionnel de la CEDEAO, dont le Togo est membre, l’en empêche.

 

Monsieur le Secrétaire général,

Vos hautes responsabilités vous commandent d’agir sans tarder. Nous, vous demandons donc solennellement de défendre le cœur de cette politique de protection de la Constitution, en considérant, que l’avenir, a fortiori politique, d’un pays ne s’arrête pas uniquement à une élection présidentielle.

Ce faisant, vous servirez la cause des valeurs que vous incarnez, vous servirez aussi la cause de la paix, de la réconciliation et de l’unité dans un pays du monde qui vient de très loin et qui en a bien besoin.

Le peuple togolais vous en sera reconnaissant.

En souhaitant que 2015 soit l’année du dialogue et de la paix pour tous les Togolais et tous les peuples de la terre, nous vous prions d’accepter Monsieur le Secrétaire général, les assurances de nos meilleurs sentiments.

 

Fait à Lomé, ce 09 janvier 2015,

 

Un ancien député de l’opposition à l’Assemblée nationale Togolaise

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