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Réformes/ Candidature de Faure Gnassingbé : “Je trouve lamentable, la démonstration de Me Yawovi Agboyibo” (Jean Pierre Fabre)

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Opposition et parti au pouvoir sont à couteaux tirés depuis quelques mois sur les réformes, notamment sur la limitation du mandat présidentiel. Dans l’actuelle constitution, le mandat n’est pas limité.

L’opposition parlementaire tentent de barrer la route au président Faure Gnassingbé pour un troisième mandat. Un projet de loi portant réformes politiques introduit par le gouvernement, avait été rejeté le 30 juin dernier par les députés du parti au pouvoir, majoritaire à l’Assemblée nationale faute de “consensus” sur l’application de la disposition relative à la limitation du mandat présidentiel (5 ans x 2).

Pour l’opposition parlementaire, la nouvelle disposition, une fois adoptée, prendra “effet immédiatement”. Une exigence qui vise le président Faure Gnassingbé. Ce qui n’est pas du goût des députés du parti au pouvoir, qui ont simplement rejeté tout le texte en bloc.

 

Dans une interview exclusive accordée à l’Agence Savoir News, Jean Pierre Fabre, président de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC, principal parti de l’opposition) et candidat du Combat pour l’Alternance Politique (CAP 2015) à la prochaine présidentielle au Togo, revient largement sur la question. D’autres sujets sont également abordés dont les dernières manifestations du CAP 2015, la présentation de vœux du nouvel An au chef de l’Etat, la récente sortie de Jean Kissi, secrétaire national du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR, opposition).

 

Savoir News : Quel bilan dressez-vous des dernières manifestations du CAP 2015 ?

Jean Pierre Fabre : Le bilan est largement positif. Notre objectif est de mobiliser les populations pour les amener à exiger l’adoption et la mise en œuvre des réformes politiques, prescrites par l’Accord Politique Global (APG, signé par les acteurs politiques en 2006). Et nous pensons que les populations se mobilisent. Ce que nous cherchons, c’est une montée en puissance de la mobilisation. Nous sommes confiants que nous allons mobiliser les populations, car ce sont les populations qui exercent la souveraineté nationale. Donc, le peuple togolais doit exiger le retour à ce qu’elle avait prescrit dans la constitution de 1992.

 

Selon certains observateurs, les manifestations ont peu faibli ces derniers jours. Qu’en dites-vous ?

Je crois que chacun peu faire l’évaluation qu’il veut. Mais, en ce qui nous concerne, nous pensons que les mobilisations sont massives, importantes et qu’elles nous permettront d’atteindre notre objectif.

 

Pensez-vous que le nombre de manifestants enregistrés dans les rues ces derniers jours, peut faire trembler le pouvoir ?

On verra bien. Vous savez ce que nous cherchons ? C’est une mobilisation progressive. Et nous sommes là.

 

Jeudi dernier, certains leaders de l’opposition étaient à la présidence de la République pour la traditionnelle cérémonie de présentation de vœux de nouvel An au chef de l’Etat Faure Gnassingbé. A la télévision nationale, nous avons même vu certains échangé quelques mots avec le président de la République. Qu’est-ce que cela vous a fait ?

Rien du tout. Ils sont libres de faire ce qu’ils veulent.

 

Vous étiez gêné ?

Je suis seulement heureux de constater qu’aucun de mes collègues du CAP 2015, n’était là.

 

Vous leur avez donné des consignes ?

Pas du tout. Je crois que nous avons la même vision des choses.

 

Vous avez été invité ?

Oui, mon parti a été invité.

 

Et pourquoi n’avez-vous pas répondu à l’invitation ?

Ce parti qui subit d’incessantes brimades de la part du pouvoir, ne trouve pas pour le moment nécessaire de s’associer à la cérémonie de présentation de vœux au chef de l’Etat. Je suis inculpé dans une affaire des incendies de marché dont je ne connais ni les tenants, ni les aboutissants, et je suis sous contrôle judiciaire. En plus, des militants de mon parti sont toujours détenus dans le cadre de cette affaire depuis deux ans. Mon parti doit bénéficier du financement public des partis politiques, mais il lui a été refusé les financements de 2010, 2011, 2012 et de 2013. On ne lui payé que le financement de 2014 mi-novembre dernier. C’est normal ? Dans cette situation, nous ne voyons pas l’intérêt pour le moment, de nous soumettre à cette cérémonie de présentation de vœux au chef de l’Etat. Et le plus grave pour nous, c’est ce refus de respecter l’APG, d’adopter et de mettre en œuvre les réformes constitutionnelles et institutionnelles. Ne soyons pas hypocrites. Nous reprochons un certain nombre de choses au pouvoir en place. Ce pouvoir ne nous considère pas.

 

Ce ne sont pas des prétextes ?

Comment des prétextes ?

 

Avez-vous au moins une fois présenté de vœux du nouvel An au chef de l’Etat ?

Non. Je ne l’ai jamais fait.

 

Vous ne voyez pas que ce sont des prétextes ?

Ce ne sont pas des prétextes. Je ne suis pas un hypocrite. Il ne faut pas donner l’impression que nous sommes dans une démocratie, alors que nous sommes dans une +démocrature+. Et je veux les aider à sortir de cette +démocrature+, c’est-à-dire une dictature à façade démocratique, pour qu’on aille dans une véritable démocratie.

 

Le premier jour de la présentation des vœux, nous avons vu les présidents des institutions de la république. En qualité de chef de file de l’opposition, vous avez aussi le rang de +président d’institution+ (si je ne me trompe pas). Vous avez été invité en qualité de chef de file de l’opposition ?

Je n’ai pas été invité en temps que chef de file de l’opposition. Vous savez, je suis chef de file de l’opposition de fait. Il y a une procédure à remplir à l’Assemblée nationale. J’ai respecté cette procédure. Mais, le chef de l’Etat n’a pas pris le décret qui doit faire de moi, le chef de file de l’opposition de droit.

 

Vous revendiquez ce décret ?

Je ne revendique rien, je ne réclame rien. Je demande simplement au chef de l’Etat de se conformer à loi.

 

Mais votre parti avait rejeté ce texte (qui fait de vous le chef de file de l’opposition) à l’Assemblée nationale. Vous n’êtes pas en contradiction avec vous-mêmes ?

Pas du tout, je ne suis pas en contradiction avec moi-même. J’ai rejeté le texte, mais dès lors qu’il est voté par la majorité parlementaire dont dispose le gouvernement, il s’applique.

 

Parlons des réformes. Où en est-on avec la proposition de loi que l’opposition parlementaire a initiée et déposée depuis un mois ?

On prétend que la procédure suit son cours. On verra bientôt. J’ai appris que les discussions en commission de lois commenceront lundi.

 

Avez-vous fait des jeux de couloirs ?

Non, pas de jeux de couloirs. Pourquoi parlez-vous de jeux de couloirs ? Il ne faut pas nous rendre responsables de ce que nous ne connaissons pas. Un accord (APG) a été signé depuis huit ans pour procéder aux réformes, c’est-à-dire pour remettre en place ce qui a été toiletté en 2002. A partir de ce moment, cet accord est en lui-même, un consensus. Il est le fruit de jeux de couloirs dont vous parlez.

 

Donc selon vous, plus de discussions ?

Pourquoi voulez-vous qu’on négocie l’application d’un accord. On ne négocie pas l’application d’un accord. On applique l’accord qu’on a signé. Dès lors que chaque parti a fait le consensus nécessaire pour aboutir à cet accord, on l’applique simplement. Il ne faudrait pas qu’on invente des choses au Togo. J’ai bien compris le jeu qui a consisté à faire retarder pendant huit ans, l’adoption et la mise en œuvre réformes.

Vous savez bien les raisons qui ont poussé les députés du parti au pouvoir à rejeter le 30 juin, le projet de loi portant réformes constitutionnelles et institutionnelles : la candidature de Faure Gnassingbé à la présidentielle de 2015.

A mon sens, ces députés n’ont rien à exiger. C’est un faux débat. On vient polluer l’exécution d’un accord par des conditions qui n’existent pas dans ledit accord. A partir de ce moment, ce débat ne nous concerne pas.

 

Pour certains leaders de l’opposition, la candidature de Faure Gnassingbé ne pose aucun problème. Et pour vous ?

Ça ne me concerne pas. Ça concerne plutôt la Cour constitutionnelle. Ces leaders de l’opposition dont vous parlez ont élaboré avec nous, la proposition de loi qui stipule : +le président de la République est élu pour un mandat de cinq ans, renouvelable une seule fois. En aucun cas, nul ne peut faire plus de deux mandats+. Attendons que la loi soit votée et que la Cour se prononce sur la candidature de l’un ou de l’autre.

 

Vous avez lu l’interview du président d’honneur du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR, opposition) Me Yawovi Agboyibo, accordée à nos confrères d’Afreepress ? Il disait : “(…) la non-rétroactivité se conçoit pour le premier mandat que le Président Faure Gnassingbé a exercé de 2005 à 2010. Elle ne peut en revanche s’appliquer au second mandat que le Président en exercice a débuté en 2010 et qui n’est pas révolu à ce jour (…)”.

Je comprends bien le droit. Me Agboyibo s’est trompé dans sa démonstration. Il se trompe, comme il s’est souvent trompé.

 

A quel niveau il s’est trompé ?

Je trouve lamentable, cette démonstration, du début jusqu’à la fin. Laissons la Cour constitutionnelle faire son travail. Si la démonstration de Me Agboyibo – qui est un juriste – s’impose à ces collègues juristes de la Cour constitutionnelle, il n’y aura aucun problème.

 

Vous avez souvent l’habitude de critiquer la Cour constitutionnelle, la taxant d’être une +machine+ du parti au pouvoir. Vous allez vous soumettre à sa décision ?

Quand la Cour constitutionnelle va se prononcer, on avisera.

 

Est-ce à dire que vous allez rejeter sa décision ?

On avisera. C’est ma réponse.

 

Avez-vous peur de la candidature de Faure Gnassingbé ?

Pourquoi ? Je l’ai déjà battu.

 

C’est ce que vous avez souvent répété. Mais affrontez-le ?

Nous n’allons pas l’affronter dans n’importe quelle condition. Il faut qu’il remplisse les conditions pour être candidat.

 

Vendredi dernier, le député Jean Kissi, secrétaire national du CAR vous a habillement accusé sur une radio privée, d’avoir bloqué les réformes politiques. Et je le cite : “Le chef de ceux qui sont dans la rue aujourd’hui, est celui qui a manœuvré pour bloquer les réformes, pour qu’elles ne soient pas faites à temps. Soyons sincères (…)”. Votre réaction ?

Je ne tiens pas à répondre à M. Jean Kissi, parce que je suis un homme sérieux. Je ne dis pas une chose et son contraire régulièrement. Et tout le monde peut suivre l’évolution de M.Kissi depuis un environ deux ans. Leur politique s’exerce sur les radios. Au début, il disait : nous sommes pour la candidature unique, c’est avec ça que nous pouvons régler tous les problèmes. Après, la candidature unique n’est pas la panacée, nous sommes pour les réformes. Pourquoi la Coalition Arc-en-ciel avait désigné Me Apévon comme candidat unique à opposer à celui du CST, s’ils n’ont jamais été d’accord avec l’idée de candidature unique ? Ce sont eux ont qui ont imposé cette procédure, et nous avons acceptée. Ils ont bien compris qu’ils n’allaient pas pouvoir tenir le coup. Et puis, ils ont fui. S’ils sont réellement de l’opposition, ils doivent cesser de me vilipender régulièrement sur les radios et se tourner vers le parti au pouvoir. Les gens ont abandonné le terrain depuis longtemps pour ne vociférer que sur les radios. Ils ont bien vu les résultats. La politique se fait sur le terrain. FIN

 

Source : Savoir News

 

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