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Politique

Une naïveté et une erreur politique nommées Pascal Bodjona

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Le récent tournant qu’a connu l’affaire dite « d’escroquerie internationale » avec la nouvelle incarcération de Pascal Bodjona, l’ancien Directeur de cabinet du président de la République, ex-ministre de l’Administration territoriale et considéré – sans doute à tort – comme un animal politique, impose de nouvelles réflexions qui permettent de voir désormais le natif de Kouméa à partir d’autres grilles de lecture. Celles notamment de la naïveté et de l’erreur d’un homme politique qui était toujours présenté comme un faiseur de roi, un fin politicien, un stratège…finalement, quid de grand homme politique ? se dit-on à son sujet.

 

D’entrée, partons de cette question : quel citoyen togolais oserait dire qu’il connaît mieux, sinon autant que Pascal Bodjona, tout l’appareillage politique qui gouverne le Togo ? Personne, personne et personne sans aucun doute. Et le fait que Loïk Le Floch Prigent, l’ancien PDG d’Elf, également impliqué dans cette affaire, dénomme Bodjona – quoique par abus – « le N°2 du régime togolais » dans son récent livre, est très significatif.

 

Voici donc un homme politique qui possède jusqu’à la moelle épinière tout le système politique en place au Togo, de Gnassingbé Eyadéma jusqu’à Faure Gnassingbé. Puisque ayant été dans les bonnes grâces de celui-là qu’il convient d’appeler le père de la nation, il a été très jeune à l’époque, « propulsé » Ambassadeur du Togo près la première puissance mondiale : Les Etats-Unis. Poste qu’il a occupé plus d’une décennie durant et avec toutes les bénédictions d’un dirigeant aussi ferme qu’Eyadéma.

 

Pascal Bodjona, connaît mieux que quiconque, le fonctionnement du pouvoir, même dans les moindres détails au Togo. C’est indiscutable et c’est peu de le dire.

A partir de cette seule hypothèse, inattaquable, avouons-le, l’ex bras droit de Faure Gnassingbé, n’a dès lors aucune excuse d’accumuler autant de bourdes, dans cette affaire qui l’oppose à la justice. Car, le fait d’avoir bien connaissance du système auquel il a affaire, est en soi une béquille qui devrait lui permettre d’avancer sans trébucher. Une sorte d’arme qui devrait lui permet de se prémunir contre tout danger. « Le vrai savoir donne plus lieu de trembler que de s’enorgueillir », enseignait avec à-propos Pierre Corneille. Cette connaissance du pouvoir politique togolais, au lieu de s’en servir utilement tout comme un savoir, Pascal Bodjona a préféré en tirer vanité.

 

En vérité, le nouveau locataire de l’une des cellules de la prison civile de Tsévié depuis jeudi dernier, est loin d’ignorer que si Faure Gnassingbé maintient derrière les barreaux, son propre frère consanguin, en la personne de Kpatcha Gnassingbé, ne donnant aucune suite à sa demande de grâce présidentielle ou ne lui concédant pas la moindre liberté provisoire, lui Bodjona n’est alors pas à l’abri de quoi que ce soit. Autant dire que c’était une sacrée chance pour lui que d’avoir joui de cette liberté provisoire après sept mois de séjour à la gendarmerie nationale.

 

Ne crions pas trop tôt victoire

Les avocats de Pascal Bodjona ont naturellement toutes les raisons de célébrer cette décision de remise en liberté provisoire. Une décision qui n’a bien entendu aucune commune mesure avec un verdict judiciaire. L’ancien proche de Faure Gnassingbé et tout son conseil d’avocats ne l’ignoraient pas. Mais minimisant sans doute, une action judiciaire de cette portée, l’ancien ministre s’est lancé dans la création de son propre mouvement politique sur fond d’appel à manifester ou à « se soulever » d’un fan club rassemblant de temps à autre des badauds prétendant œuvrer à sa cause. Pourtant, nous sommes à la veille d’une élection présidentielle et celle-ci est bien particulière pour plusieurs raisons. Et une nouvelle fois, Bodjona est mieux placé que tout Togolais pour comprendre, cerner et mesurer tout ce que représente une élection présidentielle pour un parti au pouvoir et tout le caractère sensible d’un processus électoral… Naïveté confondante ou déni de réalité ?

 

Bodjona a-t-il jeté dans les oubliettes, cette sagesse kabyè que feu Gnassingbé Eyadéma inculquait régulièrement à son entourage : «  Le serpent que tu vois ne peut plus te mordre » ? A quoi sert-il de se montrer dérangeant, alors qu’on n’ignore pas toutes les capacités et forces de son adversaire, qui peut dès lors vous considérer comme un serpent ? La pensée populaire ne renchérit-elle d’ailleurs pas que « celui qui n’est pas sorti du marigot ne se moque pas du caïman » ?

 

Plus fort encore : l’ancien porte-parole du gouvernement a choisi un conseil d’avocats constitué exclusivement de figures de l’opposition qui passent leur vie à invectiver toutes les actions du président de la République, dont Bodjona était un proche. La relation visiblement ténue entre Bodjona et ses avocats remonte-t-elle à plusieurs années par le passé ou est-ce qu’elle s’est bâtie juste dans le vif de ses déboires judiciaires ? N’est-ce pas une manière de dire à son ancien « ami » Faure Gnassingbé qu’il était peut-être, tout en étant proche de lui, en intelligence avec ses opposants ? Autant de questions qui ne sont pas dénuées de sens et de pertinence.

 

Quelle erreur ! Quelle naïveté ! Et finalement la seule chose que l’on se dit est que depuis des années, nous aurons avalé toutes les couleuvres imaginables selon lesquelles Pascal Bodjona est l’éminence grise du système au pouvoir. C’est au moment où l’on y croyait le plus, que le fragile château de cartes Bodjona s’écroule. Il aura suffi d’une simple pichenette.

 

Le roi fait son bonhomme de chemin sans lui, alors qu’il était présenté comme le faiseur de roi. Et jusqu’à ce jour, il semble évident qu’il est en manque d’arguments pour contourner le pouvoir.

 

Franck-Didier D’Oliveira

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