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Culture

Musique/Interview : A la rencontre de l’artiste béninoise Zeynab

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On ne présente plus, la chanteuse béninoise Zeynab. L’une des figures de proue de la nouvelle génération des musiques africaines, elle égrène une litanie de distinctions en une décennie de carrière. Une décade magistralement bouclée avec un impressionnant album. Le troisième de sa discographie baptisé Olukêmi (Dieu m’a gratifié). Il aura fallu sept années sabbatiques à la Meilleure artiste de l’Afrique de l’Ouest au Trophée Kora 2005 pour ce retour, signe d’une grande maturité et d’un retour aux origines plutôt concluant. Mais l’artiste ne perd rien de sa superbe, de sa beauté. Oui, de cette rare beauté qui se conjugue à la fois, dans la voix et dans le physique. Son disque, aux sonorités épicées et toniques, au croisement de multiples influences, saute les barrières du Rap, R&b qu’on lui connaissait et celles des langues et la réconcilie avec son germe musical. Entretien, au sortir d’un mini show il y a quelques jours à Lomé.

 

-Vous bouclez votre décennie de carrière. Quand vous regardez dans le rétroviseur, il y a sûrement de hauts faits qui vous font dire que le meilleur reste à venir ?

Ah oui ! On ne finit jamais d’apprendre. Et j’ai eu beaucoup de chance et beaucoup d’expériences en dix ans de carrière. Des distinctions, oui. J’ai également connu des choses qui m’ont appris à mieux gérer ma carrière, à la développer autrement. Et surtout, l’amour du public où que je sois. La preuve, était encore visible tout à l’heure à cette prestation. Je dois dire que le Togo est un pays que je porte dans mon cœur, parce que mon premier concert solo en tant qu’artiste c’était ici au Centre Culturel Français (Ndlr : désormais Institut français du Togo). C’était fou !

 

Quand Zeynab fait un point de sa carrière, qu’est-ce qui lui marche le plus ?Est-ce les concerts, les ventes de disques, la publicité ou la mission d’ambassadeur pour l’UNICEF ?

Déjà, il faut préciser que la mission d’ambassadeur de l’UNICEF est non rémunérée mais ce qu’on récolte derrière est immense. Je pense que c’est beaucoup d’honneur qu’on nous fait de représenter des enfants. Etre le porte-voix de ces êtres si fragiles, dont on doit défendre le droit. C’est un honneur si immense qu’on ne peut pas le payer. Et je me sens bien dans ce rôle.

Je dois dire également que tout s’emboite parfaitement pour moi. Je suis ambassadeur national d’une maison de GSM qui s’appelle Glo. Les concerts, ça paie bien. Mais les ventes de disques, on sait comment ça se passe avec la piraterie et les téléchargements internet de nos jours. Je remercie Dieu, tout se passe bien.

 

-Comment vivez-vous ce rôle d’ambassadeur de l’UNICEF en tant que femme africaine ?

A la base je suis maman. Je suis mère de trois petits-enfants et je suis une femme au foyer. Je suis l’éducation de mes enfants. Et le rôle d’ambassadeur de l’Unicef, c’est un peu cela. C’est-à-dire regarder les enfants avec de l’amour et savoir ce dont ils ont besoin, les protéger et dire aux gens quand est-ce qu’il est possible d’écouter, de prendre soin de ces graines qui représentent l’avenir de notre monde. Mon rôle de maman me permet de jouer ce rôle aisément.

 

-Abordons Olukêmi, votre 3ème album. Sa venue au monde a mis sept ans. Qu’est-ce qui s’est passé tout ce temps-là ?

D’entrée, Olukêmi veut dire Dieu m’a gratifié, en Yorouba. Ce qui s’est passé, c’est que je suis allée faire un bébé. Un vrai bébé, pas un bébé musical. (Rires !) Et après j’ai décidé de suivre la petite, qu’elle grandisse un peu avant de retourner à la carrière. Parce que la musique absorbe énormément.

 

-L’autre constat qui saute aux yeux, c’est que vous ne faites plus de place aux R&b et au rap. Vous misez plutôt sur les talking drum, l’acoustique et les rythmiques traditionnelles… ?

Il y a d’abord que j’étais d’une génération qui m’offrait essentiellement le R&b et le rap comme moyen d’expression. En plus, avec mon grand frère Muzing, un grand D.J. d’une boite à Paris, j’ai beaucoup écouté du New Jack. Etant née et ayant grandi en Côte d’Ivoire, je n’aimais écouter que la musique ivoirienne. Toutes ces influences-là ont fait que je faisais du R&b car c’était ce que je connaissais le plus.

Maintenant, quand on prend de l’âge, on n’a pas les mêmes besoins que ce qu’on appréciait quand on était jeune. Il faut s’assagir et commencer à méditer. Et je me suis rapproché de cette belle musique Yorouba, la musique de mes origines. Avec l’exergue des tam-tams parlants. Je pense que ces percussions regorgent de beaucoup de vertus et font du bien au corps et à l’esprit. Et pour y arriver, pour moi qui étais éloignée de ma culture à la naissance, J’ai dû me consacrer à l’apprentissage avec ma grand-mère une grande chanteuse. Elle m’a formé aux chants et à la lecture phonétique du Yorouba. J’ai commencé à développer tout cela et ça se passe bien.

 

-Seize titres d’un seul coup, n’est-ce pas trop pour un album ?

Non, je ne pense pas. Vous remarquerez que des grands bosseurs rappeurs aiment à mettre parfois 18 titres pour montrer qu’ils bossent. Eh bien dans mon cas, c’est volontaire. J’ai voulu mettre 21 titres au départ. On m’a expliqué qu’au regard du minutage que ce n’était pas possible. J’avais un répertoire fourni, c’est tout. Et on en a sélectionné les meilleurs pour constituer ce bijou. Et j’espère que ceux qui l’écoutent ou l’écouteront ne se lasseront guère.

 

-Quel est le regard de Zeynab sur l’actualité sociopolitique béninoise de ces derniers temps ?

Je suis citoyenne béninoise, c’est vrai. Mais je ne fais pas de la politique. Car pour moi la politique est comme un estuaire et je ne sais pas nager. Mais en même temps je ne la subis pas. Comme observateur, je sais que le pouvoir d’achat n’est pas au beau fixe, la population ne mange pas à sa faim. On me dira que c’est la crise mondiale. Comprenons, mais il y a beaucoup de stress en ce moment, justifié par des grèves répétées dans plusieurs secteurs. Si chacun pouvait laisser ses intérêts personnels pour penser au collectif, ce serait bien.

 

-Vous venez de prester au Pure Night-Club à Lomé. Y-a-t-il d’autres dates en vue, au Bénin, en Afrique, ou ailleurs ?

J’ai une date pour très bientôt au Nigéria avec Glo. Plus tard, ce sera un tour en France pour voir le niveau de promotion du disque et négocier éventuellement d’autres projets. Mais il y a une belle surprise parce que j’ai signé pour 3 ans, avec une maison de disque africaine connue de tout le monde. Je n’en dis pas plus. Mais bientôt, la surprise sera palpable avec une très belle vidéo sur les petits écrans.

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Zeynab, que voulez-vous que l’on vous souhaite souvent ?

De réussir le rêve, l’objectif que je me suis fixé. J’ai rêvé toute petite d’être une super star. Maintenant je ne veux pas m’arrêter en si bon chemin. Je veux arriver au sommet. Si c’est ce qui va me faire du bien et si Dieu me l’accorde, j’aimerais pouvoir y arriver.

 

Par Dieudonné Korolakina

Pour ARCANES 31

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