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Au fil des questions réponses

Invité d’Honneur sur Togoportail : Mr Etienne M. ALINGUE Directeur du Développement durable et de la Solidarité de l’Organisation Internationale de la Francophonie et ex-directeur du Bureau Régional de l’Afrique de l’Ouest de la Francophonie

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En séjour au Togo en semaine dernière, M.Etienne M. ALINGUE, Directeur du Développement durable et de la Solidarité de l’Organisation Internationale de la Francophonie a eu un entretien interview avec une équipe de votre site d’informations générales togoportail.net. Il a été abordé avec lui des sujets relatifs à sa nouvelle fonction à la tête de la Direction du Développement durable et de la Solidarité de la Francophonie, après celle de Directeur du BRAO qu’il a eu à exercer au Togo pendant six ans (de 2004 à 2010). Quelles sont les missions essentielles qui lui sont confiées dans cette nouvelle responsabilité, quels sont les défis et en enjeux liés à la direction du développement durable et de la solidarité…Quels intérêts pour le continent africain et pour le Togo en particulier d’adhérer à cette branche de la Francophonie, quels sont les enjeux et défis liées à la nouvelle notion « Francophonie économique »…autant de questions auxquelles des éléments de réponses sont apportées face à vos interrogations et préoccupations sur le sujet.

 

 

togoportail.net : Qui êtes vous ? Le public aimerait bien ou mieux vous connaître

 

Etienne M. ALINGUE : Je suis fonctionnaire à l’Organisation Internationale de la Francophonie depuis décembre 2003. J’assure depuis septembre 2010 la fonction de Directeur du Développement durable et de la Solidarité. Avant cela, de 2004 à 2010, j’ai été directeur du Bureau Régional pour l’Afrique de l’Ouest dont le siège se trouve ici à Lomé. Par ailleurs, avant l’OIF, j’ai commencé mon parcours professionnel au Tchad à la Banque Mondiale, puis je l’ai poursuivi auprès du Groupe Exxon-Mobil aux Etats-Unis, au Canada et au Tchad. Ma formation a été assurée essentiellement en France, à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne et à l’ENA. Je suis de nationalité tchadienne.

 

 

togoportail.net : Dans quel cadre se situe votre présent séjour effectué à Lomé ?

 

Etienne M. ALINGUE : Je conduis depuis lundi dernier une mission composée du Sous-Secrétaire général du groupe ACP, M. Achille Bassilekin, ainsi que de représentants de la CEDEAO, de l’UEMOA, de la CEEAC, de la CEMAC et, bien sûr, de l’OIF. Notre objectif est de sélectionner des experts en politique commerciale afin de pouvoir former un vivier de conseillers nationaux et régionaux qui seront mis à la disposition, en début d’année prochaine, d’un certain nombre d’Etats d’Afrique centrale et de l’ouest ainsi que de quatre organisations d’intégration régionale à savoir la CEDEAO, l’UEMOA, la CEEAC et la CEMAC. Cette action est inscrite dans le cadre du Programme « Renforcer les capacités commerciales des pays ACP » qui est la seconde phase du projet communément appelé « Hub and Spokes » et qui est soutenu par, outre l’OIF, l’Union européenne, le groupe ACP et le Commonwealth. Ce projet est important car il vise à préparer ses bénéficiaires à mieux aborder les négociations qu’ils mènent avec l’Union Européenne en vue d’aboutir à des Accords de Partenariat Economique avantageux à toutes les parties impliquées.

Nos travaux se déroulent donc ici au Village du Bénin qui est, dans le secteur de la promotion de la langue française, un partenaire de longue date de la Francophonie. Je tiens ici à remercier, de nouveau, ses responsables qui ont bien voulu nous accueillir dans ces installations très pratiques.

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togoportail.net : Vous êtes actuellement à la tête d’une nouvelle direction au sein de la Francophonie, il s’agit de la Direction du Développement durable et de la Solidarité. Quelle brève présentation de cette nouvelle direction au public ? Quelles sont les missions dont elle est chargée et quelles sont les orientations essentielles qui lui sont assignées ?

 

Etienne M. ALINGUE : Plus précisément, c’est la Direction du Développement durable et de la Solidarité qui change de nom et qui, à partir de janvier prochain, s’intitulera la direction de la Francophonie économique. Ce choix du Président Diouf, Secrétaire général de la Francophonie et de l’Administrateur de l’OIF, M. Duhaime, vise, à mon sens, à donner une plus grande légitimité à l’action économique francophone. C’est du reste une orientation forte donnée par nos chefs d’Etat et de gouvernement lors de leur dernier Sommet tenu à Kinshasa, en octobre dernier.

Quant à la mission, je dois dire avant tout que l’action francophone en matière économique est ancienne et touche divers secteurs et acteurs. J’ai évoqué tout à l’heure le commerce qui est au niveau multilatéral, continental ou régional un enjeu décisif de développement. Nous essayons avec d’autres partenaires d’influencer les positions internationales sur des sujets importants qui impactent l’évolution de nos pays les plus vulnérables. Nous conduisons aussi des opérations de coopération en direction des administrations, des communautés de base, des entreprises ou des communautés économiques régionales. Un important acquis existe déjà. Donc, outre la mise en œuvre d’un certain nombre de programmes, le rôle de cette direction sera certainement de contribuer d’une part à une adéquation plus forte de l’action solidaire francophone avec les préoccupations économiques de nos Etats les plus faibles et de leurs populations et, aussi, à une synergie plus dynamique entre les différents acteurs francophones – ils sont nombreux et ont chacun des atouts – qui agissent sur ce terrain économique. Enfin, je dois l’avouer, cette nouvelle dénomination doit donner une plus grande visibilité à nos interventions.

 

 

togoportail.net : Qu’est ce que nos Etats africains peuvent-ils attendre de cette nouvelle branche de la Francophonie ?

 

Etienne M. ALINGUE  : L’économie n’est pas à proprement parler une nouvelle branche de l’action francophone car la place formelle et opérationnelle qu’elle occupe remonte déjà aux années 90. Disons plutôt qu’elle est plus jeune que la culture, la politique, l’éducation, le numérique.

Là où se joue l’avenir de la Francophonie – je veux dire l’Afrique – les questions économiques ne sont certes pas les seules, mais elles sont déterminantes. Les problèmes de développement persistent, souvent en prenant d’autres dimensions. La crise économique et financière actuelle produit des effets considérables non seulement dans les pays développés mis aussi dans ceux qui sont les plus fragiles. Des pays ont au cours de ces dernières années posé des bases sérieuses de progrès économiques qui ne doivent pas d’un trait être remises en cause. Dans ce contexte général, il faut développer une certaine écoute par rapport à la vision que ces pays peu avancés ont de leur situation et des réponses qu’ils envisagent. La Francophonie, parce qu’elle offre un cadre d’échange et de dialogue, doit pouvoir aider non seulement à dégager des rapprochements, des convergences, mais également aider à porter les interrogations, les positions, les ambitions des pays les moins protégés, les moins forts, et ce là où des décisions qui les impactent sont généralement prises en leur absence. Je pense en particulier au G20, aux institutions de Bretton Woods ou à d’autres instances.

A côté de cette action de levier politique, il y a naturellement une action solidaire ciblée en direction des acteurs que j’ai cité tout à l’heure et pour lesquels il s’agit prioritairement de renforcer les capacités pour qu’ils puissent, selon les cas, mieux saisir leur situation, s’organiser autrement, gérer plus efficacement, progresser plus vite, etc.

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3ème à partir de la gauche : Etienne M. ALINGUE prenant part aux côtés de ses collègues membres du comité de pilotage de la phase 2 du projet « Hub&Spokes » lors des travaux de la troisième session dudit comité les 17 et 18 juillet 2012 à Paris au siège de l’OIF

 

 

 

togoportail.net : Quels sont les grands projets dont le Togo bénéficiera à court et à moyen terme dans le cadre des missions de la Direction du Développement durable et de la Solidarité de la Francophonie ?

 

Etienne M. ALINGUE : Quel que soit le secteur, le Togo a été un bénéficiaire régulier du soutien de la Francophonie. Par exemple, dans le cadre du dialogue politique, des différents processus électoraux ou de l’appui aux institutions comme la Cour Constitutionnelle, la HAAC ou la CENI, l’OIF a toujours répondu favorablement aux demandes d’accompagnement des autorités togolaises. Notre disponibilité ne fait l’objet d’aucun doute. En matière économique, dans la phase 1 du projet Hub and Spokes que j’ai évoqué plus tôt, le ministère du commerce a bénéficié pendant près de six ans de la présence d’un conseiller national. Dans la phase 2 à venir, cet appui se poursuivra. Un important programme francophone d’appui au développement local est actuellement en cours d’exécution auprès des communautés de Katanga dans la banlieue de Lomé, de Kovié et d’Agbético. Les premiers résultats que l’on escompte à partir de l’année prochaine nous permettront d’envisager, nous même ou à travers les autres coopérations, des étapes de consolidation et d’extension. Autour de l’Administrateur de l’OIF, nous réfléchissons sur les axes de notre futur cadre stratégique à moyen terme car l’actuel prendra fin en 2014. Dans cet exercice, le secteur privé, celui de l’entreprise, devrait avoir une place remarquée. Donc, les entreprises – je pense aux PME en particulier – devraient, à travers leurs réseaux, pouvoir bénéficier aussi de nos actions d’accompagnement, si cette orientation est évidemment retenue.

 

 

togoportail.net : On parle maintenant de plus en plus de « Francophonie économique ». Quels sont les défis et enjeux liés à cette notion ?

 

Etienne M. ALINGUE  : Votre question est très importante. La Francophonie économique constitue une double réalité. C’est celle d’un espace à fort potentiel de transformation et où les acteurs économiques entretiennent, développent des relations d’affaires grâce en particulier à la proximité que permet la langue française. Ainsi, le français est un des leviers importants du rapprochement récent entre des opérateurs vietnamiens et ceux de pays d’Afrique de l’ouest et d’Afrique centrale sur certaines filières comme le bois, le riz ou certains produits de crue. L’autre réalité, c’est une forte sensibilité, un engagement réel sur les sujets de développement comme le financement du développement, le changement climatique, l’intégration continentale et régionale, la transformation des bases productives par la valorisation des secteurs nouveaux comme l’économie verte, le numérique ou l’économie de la culture. La capacité des pays francophones à apporter des réponses à ces différents niveaux est un défi important pour renforcer l’attractivité de la langue française et des valeurs qu’elle porte. C’est à travers cette double identité que la Francophonie économique peut apporter sa contribution aux efforts faits pour améliorer la situation des Francophones, notamment des jeunes francophones.

 

 

togoportail.net : Suite au dernier sommet de la Francophonie vient de se tenir à Kinshassa en octobre dernier, les Internautes peuvent-ils partager quelques unes des conclusions et recommandations essentielles de ce 14ème sommet de la Francophonie ?

 

Etienne M. ALINGUE : Chaque Sommet est une étape importante dans la marche francophone. Celui de Kinshasa qui s’est tenu dans le plus grand pays francophone et qui a été un succès a, de l’avis de tous, ancré l’Afrique au centre des ambitions de la Francophonie. Il a aussi confirmé l’attractivité de la Francophonie puisque deux nouveaux pays y ont été acceptés nous permettant aujourd’hui de représenter 77 Etats et gouvernements. Enfin, pour se limiter à quelques-uns des principaux résultats, les chefs d’Etat et de gouvernement ont abordé et traité de nombreux sujets. En matière économique précisément, ils ont, à travers la Déclaration de Kinshasa, en son point 14, demandé l’élaboration d’une stratégie économique pour la Francophonie. C’est là un nouveau cap pour la Francophonie économique et c’est aussi une commande importante à laquelle l’OIF avec les autres acteurs francophones – les opérateurs directs, les entreprises, la société civile et naturellement les administrations publiques – devra, pour le prochain Sommet de Dakar, y répondre efficacement tant l’attente est forte.

 

 

togoportail.net : Après votre mandat à la tête de Bureau Régional de l’Afrique de l’Ouest (BRAO), êtes vous satisfait des actions et missions accomplies dans l’exercice de cette fonction au Togo ? Les résultats obtenus sont-ils satisfaisants ?

 

Etienne M. ALINGUE : J’apprécie votre question, mais il ne m’appartient pas de procéder à une telle évaluation. Ce que je peux dire, c’est que les six années et demie passées dans votre pays ne peuvent que marquer sur le plan professionnel comme personnel. Je veux aussi me réjouir d’avoir pu, avec l’appui de ma hiérarchie et naturellement celui de l’équipe du Bureau régional, développer des rapports sérieux et respectables avec les autorités togolaises, les différents acteurs politiques, des opérateurs économiques, des artistes, des médias, que ce soit ici à Lomé ou dans les autres régions du pays.

 

 

togoportail.net : Un mot de fin ?

 

Etienne M. ALINGUE : Comme aux autres médias du Togo, je vous souhaite un parcours pleinement réussi.

La rédaction de togoportail.net vous dit merci

 

Interview réalisée par Vicarmelo TIEM

 

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