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Culture

INTERVIEW Santy Dorim / Jubilé de cristal au rythme d’une tournée et d’oeuvres de bienfaisance

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Il y a une quinzaine d’années sortait « Prudence », le premier album de Santy-Dorim. Un disque où les influences traditionnelles valaient tout leur pesant. De son vrai nom Santy-Ateyaba Koukomaha Dorime Marie-Thérèse, Santy Dorim a ainsi façonné la voie, sinon la voix à ce qui lui vaut l’affectueux surnom de Princesse de Doufelgou. Au bout de 15 ans, avec 4 albums et plusieurs singles réalisés, des trophées emportés ici et là, une invitation aux Koras, le titre d’Ambassadrice de la Paix par Covi Trans, etc. le bilan est largement au-delà de l’acceptable. Et pour mieux célébrer cet heureux jubilé, du 20 octobre au 02 décembre 2012, Santy Dorim sillonnera plusieurs localités telles, Niamtougou, Kara, Sokodé, Kpalimé, Atakpamé, etc. pour des concerts. Mais une œuvre humanitaire était également au programme le 20 octobre, à Adanka non loin d’Atakpamé. Le 02 décembre, ce sera l’apothéose à l’Agora Senghor à Lomé. Rencontre.

 

En quinze ans de carrière musicale, de quoi êtes-vous plus fiers ?

Tout ce que j’ai vécu en 15 ans a été merveilleux. Il y a eu certes des hauts et des bas. Je considère simplement que ça fait partie de la beauté de ma carrière et je dis que tout a été merveilleux. Cependant, il faut dire que l’une des fiertés c’est incontestablement le fait d’avoir contribué à installer le développement des musiques traditionnelles de chez nous, revues et modernisées et d’avoir ainsi participé à enrichir le champ des acteurs musicaux au Togo, en Afrique voire dans le monde.

 

Et votre plus grand regret ?

J’insiste pour dire qu’il n’y a pas eu autant de regret. Puisque j’ai tout pris sportivement. S’il y avait vraiment eu quelque chose qui m’a marqué négativement les 15 dernières années, je n’aurais pas eu l’énergie nécessaire pour préparer une tournée célébrant ce jubilé de cristal.

 

La tournée nationale de vos 15 ans porte le thème « Promotion des droits des enfants et surtout des jeunes filles ». Cela parait curieux car on ne vous a jamais connu artiste engagée sur ces questions sociales ?

Disons que je suis de nature plutôt réservée et donc peu bavarde sur toutes mes actions. En réalité, en dehors de mon art, je suis depuis plus de 10 ans, Présidente d’honneur de l’association Gracia Theresa au secours des enfants miséreux basée à Sotouboua. Et ma biographie l’atteste.

 

Et qu’est-ce que vous comptez faire concrètement à l’endroit de ce public cible ?

Il est prévu des concerts à leurs profits. Mais nous irons les écouter, les sensibiliser ensuite. Il y a par ailleurs des œuvres humanitaires à faire et nous avons choisi à cet effet le village qui s’appelle Adanka. Il est situé non loin d’Atakpamé. Le projet humanitaire s’intitule « Vie sans vers et hygiène bucco-dentaire » et couvre tous les publics ayant besoin de ces soins.

 

Outre la musique, l’on vous découvre depuis quelques années sur des scènes en tant que comédienne. Comment vivez-vous ces deux pratiques ?

Je préciserai que je suis à la fois chanteuse, comédienne et conteuse. En fait, c’est la musique qui m’a emmené au théâtre. Et il y a 3 ans que j’ai commencé en rejoignant la troupe nationale. Ce qui m’a réellement attiré dans cette forme d’art, c’est le fait de bûcher les textes et d’être en mesure de les jouer. L’assiduité et l’intelligence que requiert le théâtre me séduisent. Je dois faire remarquer toutefois que mes expériences musicales m’ont beaucoup aidé à m’adapter très vite au théâtre, en l’occurrence en matière de tenue sur scène.

 

En dehors du Togo, avez-vous des projets couvrant d’autres pays africains voire du monde ? 

J’ai beaucoup de sollicitations pour l’extérieur du Togo, mais je travaille en ce moment sur la bonne réussite de cette tournée nationale pour mon jubilé de cristal. Car il n’est pas évident de le faire vu les conditions de travail des artistes dans notre pays. Une fois ce projet national bouclé, je vais entamer les projets de prestations à l’extérieur. J’ai beaucoup d’expériences en matière de prestation à l’international et je pense qu’il faut prendre le temps de mieux cerner et clarifier les choses.

 

Vous avez initié très récemment une nouvelle danse « Matèké Nana Benz ». Quel esprit donnez-vous à une telle danse ?

« Matèké » veut dire je porterai encore et encore les pagnes. En fait l’idée qui se cache derrière cette invention chorégraphique est d’appeler nos jeunes sœurs à s’habiller décemment. Les scènes de jeunes arborant des soi-disant tenues sexy et autres abondent dans les rues et c’est écœurant parfois. Il y a longtemps, nos mamans portaient un pagne et un deuxième là-dessus. Aujourd’hui, nous portons juste un pagne. Et portons-le bien. C’est une image qui peut s’élargir à toute autre forme d’habillement.

 

Vous valorisez les musiques du répertoire traditionnel, en l’occurrence celles de votre localité d’origine, Niamtougou. Mais, vous faites aussi dans les musiques de variétés… ?

Ma musique puise dans la tradition de chez moi mais elle est retravaillée avec des instruments modernes. C’est en quelque sorte une fusion entre les castagnettes, les cors, les flûtes, …et les guitares, trompettes, cuivres, etc. Pour moi, la tradition est prioritaire, la base de ma musique. Ma satisfaction c’est, lorsque je vois tout le monde emballé à mes concerts, en tant que ambassadrice des musiques traditionnelles de chez moi. Mes musiques de variété variétés, c’est parfois le bonus pour être dans l’air du temps et répondre au besoin d’un certain public.

 

D’où vous vient cette maîtrise de votre répertoire traditionnel, pour une citadine comme vous ?

Grâce à mon père j’étais souvent au village surtout pendant les vacances. J’aimais chanter enfant. Et il y a un côté flatteur dans les traditions musicales de chez moi qui m’a toujours fait un rapt. Alors au secondaire, en tant que membre de la chorale tout s’est si vite passé. J’ai été retenue comme la meilleure voix. Et chemin faisant, je ne pouvais manquer de mettre cet art au service de mes traditions musicales qui m’enchantent tant.

 

Avez-vous un projet de sortie d’album pour bientôt ?

Depuis un moment, j’ai opté pour des singles. Je me dis que sur un album de 10 titres par exemple, on réussit à faire connaître au maximum 3 morceaux. Alors, j’en viens à l’idée qu’il vaut mieux faire des singles assortis d’un clip assez accrocheur et c’est joué. Je ne pense encore à un album pour le moment.

 

Par Dieudonné Korolakina

Pour le Magazine ARCANES N°30 

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