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Culture

INTERVIEW CHARL’OZZO : Les mystères de sa musique

Valeur sûre de la nouvelle génération de musiciens togolais, c’est avec « Sè » que Charl’Ozzo a marqué son entrée, il y a quatre ans dans le paysage musical togolais. Ce premier disque groove et chaleureux, a grandement ouvert les palais du succès à l’ancien mannequin, danseur et chorégraphe–connu à l’Etat civil sous le nom de Agbozo Ayawo- qui fait preuve d’une voix exceptionnellement merveilleuse. « Délagna ? » (Connais-tu toi, le futur ?), son second album, qu’il annonce pour très bientôt, dispose de grands atouts pour déclencher sa mue pleine de promesse. Focus, sur le prochain disque de Charl’Ozzo, plein d’interrogation et de mystères.

 

-Votre prochain album qui sort très bientôt s’intitule « Délagna ? » quel sens revêt cet intitulé en forme interrogative ?

Disons qu’en Français « Délagna ? » signifie « Peux-tu, toi connaitre le futur ? ». Nul ne sait de quoi demain sera fait, dit-on. Et ce titre tire sa source de cette sagesse, certes populaire mais très profonde et enrichissante. Car « demain », ou mieux, l’avenir demeure un mystère insondable pour nous tous en tant qu’humain.

-Sur la pochette de ce disque, il est mentionné que « le futur, ce mot inqualifiable et incertain, peux-tu le cerner toi ? C’est grand ». Et la phrase elle-même parait en effet ‘’grande’’ ?

Sans trop verser dans de commentaires, je dirai tout simplement que l’Homme est lui-même mystère…

On lit une phrase dans cette même veine derrière la pochette de votre premier album « Sè » : « Au fin fond de nos cœurs, s’élèvent des voix ! Ecoute ta voix,… ta voix »… ?

(Rires !) Je vais souvent m’abreuver aux mystères contenus dans ces petites phrases, qui restent une source immense et intarissable pour moi. Ce sont souvent des lieux de mon inspiration. Il est clair que dans le tréfonds, dans le cœur, de chacun d’entre nous raisonne et résonne une voix. C’est la conscience, selon certains, Dieu, selon d’autres. En tous les cas, cette voix de notre for intérieur est là pour nous aider à parfaire notre existence ici-bas.

-Et il y a toujours ce fond philosophique, à la limite de l’ineffable qui gouverne toutes vos compositions. Ce sont vos vécus que vous mettez en chansons ?

Il y a tout un ensemble de choses qui m’ont déjà marqué de mon jeune parcours. Même mon début de carrière a été tardif, parce que heurté à bien d’handicaps à l’époque. Mais, Dieu merci, cette carrière a enfin commencé à un moment. je pense qu’il faut croire à ce qu’on fait et croire en son étoile. Car, quand j’ai décidé d’entamer la carrière, j’étais loin de m’imaginer faire le tour de l’Afrique et de plusieurs pays en Europe et aux Etats-Unis. Une autre preuve que la vie est un grand mystère où on peut puiser beaucoup de sujets à mettre en chanson. « Like a child », « Akadi », « Sévédo » sont entre autres chansons du premier album qui traduisent vraiment ces mystères de l’existence.

-Bien de gens vous trouvent justement un peu spécial, un peu mystique… ? 

Déjà moi-même j’ai du mal à me cerner. Le mystère qui me gouverne en tant qu’homme, c’est le même que je transpose dans ma musique. C’est pourquoi, je suggère souvent que pour écouter mes chansons, il faut aller au-delà de la mélodie. Il existe plusieurs témoignages liés particulièrement au titre « Like a child ».

En termes de style musical, « Délagna ? » trouve-t-il des résonnances dans « l’Afrogroove », le style mis en avant sur le précédant « Sè » ?

En vérité mon style musical s’inscrit dans la World music puisant ses sources dans les variétés afro. Mais la priorité est que tout le monde puisse se retrouver dans cette musique, peu importe d’où on vient. J’ai baptisé mon style « Afrogroove » par rapport à l’arrangement très dansant et chaleureux que Karlos Danklou me fait. Et cela s’observe à mes concerts où « tout bouge » du début jusqu’à la fin. Retenez, que je n’ai pas changé de style, mais j’apporte plutôt beaucoup plus d’ingrédients à ce qui m’était connu. Et mon clip « Vamidzo » que je viens de lancer en est une illustration.

-Entre autres ingrédients nouveaux que vous apportez… ?

J’ai pensé à une gamme très large et variée de public selon les feelings. Vous avez ainsi des chansons en acoustique très épurée, pour ceux qui ont toujours rêvé de me découvrir dans ce style. En dehors de l’Ewé, du Français, de l’Anglais, j’ajoute du Bambara (Ndlr : langue parlée dans plusieurs pays sahéliens) et de l’Ifê (langue du Togo, du Bénin et du Nigéria).

-L’album comportera combien de titres ? A-t-il été enregistré à Lomé ?

« Délagna ? » sera de 17 titres. Il a été enregistré à Lomé au studio de Karlos Danklou qui en a assuré les arrangements. Mais le master final a été effectué à Paris dans un studio où des figures mondiales comme Manu Dibango, Lokoua kanza, Sly, etc. ont déjà eu à travailler. Une anecdote. Le premier jour où le mastering a commencé, le responsable du studio, tellement émerveillé par les arrangements et la voix, m’a appelé pour me demander : « Vous êtes sûrs que vous vivez au Togo ? » cela m’a fait chaud au cœur et me fait dire que « Délagna ? » sans être encore lancé, a de beaux jours devant lui.

Votre premier album comme votre second, sont donc l’œuvre de l’arrangeur Karlos Danklou. Son travail vous donne satisfaction à ce point ?

J’ai déjà eu à travailler sur divers projets avec presque tous les arrangeurs de Lomé et ils sont tous rompus à leur art. Je les apprécie tous. Mais il se trouve que je suis caractériel, très difficile et à la limite insatiable côté boulot. Et Karlos, nous partageons déjà beaucoup de choses en commun. Et pour vous donner encore une autre preuve de cette grande complicité entre nous, je vous confie que Karlos a composé plusieurs chansons sur « Délagna ? » étant convaincu qu’il n’y a que moi qui puisse lui chanter ces textes comme il les ressent.

En plus le second album n’est que la suite logique du premier « Sè » et vous comprendrez pourquoi dès la sortie. (Rires !)

-Vous êtes votre propre producteur. A combien estimez-vous le coût de production de « Délagna ? »

Sans compter les frais de duplication, de pochette et de cd, etc. je suis déjà au-delà de 6 millions de francs Cfa d’investissement. Je précise que tout a joué en live, hormis deux chansons dans le genre programmation. Maintenant, il est certain qu’on sera au-delà de 10 millions au final avec les clips et tout ce qui rentrera dans la communication du disque.

-Il y a quatre ans que votre premier disque « Sè » est sorti. Quel bilan faites-vous de ce parcours ?

Je commencerai par remercier le seigneur pour tout ce qu’il continue par faire pour moi. Je suis sorti de nulle part, comme bien de professionnels et de mélomanes le disent souvent à mon sujet. En effet, je n’étais pas connu des cabarets et d’autres scènes avant mon premier album. Et grâce à Dieu, avec « Sè » tout roule. J’ai pu faire beaucoup de concerts au Togo, au Bénin, au Burkina-Faso, au Ghana, en Europe et aux Etats-Unis. Les concerts live m’ont surtout aidé à m’améliorer.

-Dans vos prestations la musique et la chorégraphie ont presque la même importance. Qu’est-ce que la danse apporte à votre musique ? 

Tout d’abord, j’ai fait un passage dans le quatuor musical Klossal’ en tant que danseur et chorégraphe au milieu des années 90. Et ce passage m’a révélé à moi-même en tant que danseur et m’a aidé dans la maitrise de la scène. Puis j’ai été moniteur de mannequins pour plusieurs agences. Tout cet ensemble de travail corporel m’a moulé au point où je ne peux concevoir la musique sans la danse. C’est en quelques sortes les deux faces d’une même pièce de monnaie pour moi. A mon humble avis, un artiste complet, devrait allier musique et danse. Et l’un des plus beaux et incontestables exemples, demeure Michael Jackson, paix à son âme !

Concrètement, l’album sort quand ?

Très bientôt. Je ne peux rien préciser. Cela reste un mystère comme le titre même de l’album.

-Un mot qui vous tient à cœur ?

Je tiens à remercier tous ceux qui de près ou de loin m’assistent. Ma Marraine, Karlos Danklou et toute l’équipe de son studio, Nicolas Gbadoé, Blaise Agbozo, Malick Ayéva, Guy Rodrique-il a fait une chanson avec moi-tout comme Agbotsi Eloi, un Togolais de Bruxelles…et je n’oublie pas tout le public qui aime mon travail. C’est grâce à ce public et grâce à Dieu, que je suis à ce niveau. Merci à tout le monde ! 

 

Réalisée par Dieudonné Korolakina

 

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