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Economie

Interview exclusive : Eugène Atigan à coeur ouvert depuis la prison civile de Lomé

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Bientôt trois ans qu’Eugène Atigan, le célébrissime animateur de télé, a été arrêté pour trafic de drogue. Longtemps, il a réclamé d’être jugé. Les audiences de son premier jugement en juillet 2011, ont été suspendues pour des «exceptions» relevées par les avocats de la défense. Le 12 décembre dernier, la Cour d’Assise de Lomé a finalement livré son verdict, à la suite d’une seconde comparution. La sentence est lourde :10 ans de prison.
Pendant la semaine du détenu qui s’est déroulé du 09 au 14 janvier 2012, nous l’avons rencontré sur l’esplanade de la Prison Civile de Lomé. Dans l’interview qu’il a accordée à Pipo Magazine, Eugène Atigan lève le voile sur des zones d’ombres qui entourent cette affaire de trafic de drogue, pour lequel il est condamné. Togoportail reprend cette interview publiée par notre confrère de Pipo Magazine dans sa dernière parution. Lisez plutôt.

D’abord, reconnaissez-vous les faits qui vous sont reprochés dans cette affaire ?

Eugène Atigan : Merci pour l’occasion que vous me donnez et avec votre permission, je voudrais souhaiter bonne et heureuse année 2012 à toutes et à tous. Je souhaite particulièrement pour mon Togo chéri plus de paix.
Autrefois, il est dit que, «qui veut la paix prépare la guerre», mais moi Eugène Atigan, je dis, «qui veut la paix, promeut et applique la justice».
Pour revenir à votre question, je dirais plutôt que l’accusation à été incapable de prouver de quoi elle m’accuse. Sinon comment comprenez-vous qu’une valise supposée suspecte qui est montée dans la soute de l’avion après toutes formalités, soit débarquée et n’a pu être contrôlée de nouveau en présence des agents de la sécurité de la compagnie Air France, comme l’a exigé en vain le commandant de bord ?

Comment expliquez-vous et comprenez-vous que malgré les exigences de la commission de contrôle de la drogue, qui demandaient que des prélèvements soient faits devant le prévenu, et qu’on produise un procès verbal, signé à la fois par le prévenu et les officiers qui l’ont appréhendé, rien n’ait été fait ? Et dire qu’à l’ANR et à l’office de répression, on m’a fait signer des papiers dans de terribles conditions ! Mais paradoxalement, on ne s’est pas rappelé de me faire signer un procès verbal qui, devant la loi, aurait dû être l’objet d’accusation.

Aussi, comment concevoir qu’on me présente un procès verbal d’analyse de drogue, supposée prélevée dans mon sac, avec la date du 06 septembre 2009 ; alors que moi j’ai été enlevé à l’aéroport seulement le 19 septembre 2009 ?

Pourquoi, ne m’a-t-on pas confié aux agents de l’office de répression de la drogue qui étaient à l’aéroport, pour faire la procédure comme la loi l’exige ; mais qu’on soit obligé de m’amener dans les locaux de l’ANR pour “traitement spécial”, pendant 3 jours, avant de venir me remettre à l’office, accompagné d’un PV antidaté ?

Comment concevoir que l’avocat général puisse déclarer en plein procès, qu’avant l’analyse de ce prélèvement, le Colonel Badombena a prêté serment devant le directeur de l’ANR ?

Mettez-vous à ma place, et vous comprendrez que ceux qui m’accusent paniquent et vont par toutes les gymnastiques faire de moi un chien enragé alors que je suis un chien sans rage ni gale (rire). D’ailleurs, on m’a même traité dans un endroit de chien. Bref, je ne reconnais rien de tout ce qu’on me reproche.

Comment interprétez-vous alors votre condamnation à 10 ans de prison?

Eugène Atigan: Je crois que c’est une mission que des gens ont accomplie ; il n’y autre interprétation à cela. Mais, je fais confiance à Dieu et je fais mien le verset 20 du psaume 34 qui dit : «le malheur arrive souvent au juste, mais l’Eternel l’en délivre toujours».

Je crois que si le droit avait été réellement dit, l’Etat serait condamné à me dédommager le12 décembre 2011, date à laquelle on m’a plutôt condamné injustement, pour les 27 mois déjà passés en prison.

Est-ce que vous vous attendiez à une telle sentence ?

Eugène Atigan: J’ai douté de la droiture et de l’impartialité du jugement qu’on a voulu rendre à ma modeste personne dès ma première comparution le 29 juillet 2011. Devant les exceptions relevées par mes avocats, le président de la Cour à voulu insister parce qu’il n’était pas question de me libérer.

Quand on veut parler de la justice et on fait référence à la communauté internationale, notamment la France et les Etats Unis, je crois qu’il faut les copier dans le respect qu’ils font des textes, des lois et du caractère sacré qu’il donne à la procédure judiciaire. En France où aux Etats-Unis, qui peut vous mettre en garde à vue pendant 19 jours alors que la loi n’en autorise que 14 au maximum. Je ne vois pas un juge français ou américain perdre son temps à juger quelqu’un sans le corps du délit et sans procès verbal. Pire encore, en plein d’un justiciable, qui a prêté serment de dire la vérité, de relater les faits tel qu’ils se sont passés, entendre le président d’une Cours d’assise lui parler en ces termes en disant : « il est permis de mentir hein, mais moi je ne vous crois pas, non non non. Je ne vous crois pas, non non non… Je ne vous crois pas… ». (Les larmes aux yeux alors)…

Je m’attendais à rentrer chez moi et non entendre une condamnation. Je voyais la Cour plus courageuse à dire le droit. Mais depuis le Palais de justice à la prison, en référant aux 5 premiers versets de Romain 13, je chantais : « DIEU TOUT PUISANT, QUAND MON CŒUR CONSIDÈRE… ». (Quelques larmes ont coulé sur son visage).

Quelle a donc été votre réaction à la lecture du verdict ?

Eugène Atigan: Surprenant et aussi bizarre que cela puisse paraître, j’ai ri, j’ai eu pitié pour mon enfant puis j’ai eu honte pour… Je me suis dit intérieurement, Dieu, Lui, ne m’a pas condamné et dans un soulagement total, je me suis rappelé le 1er verset du livre de Romain au chapitre 8. Puis Dieu m’a dit que la Cours Suprême me rendra justice ; et déjà le 15 décembre nous avons pourvu en cassation.

Et votre supposé complice, comment a-t-il réagit ?

Eugène Atigan: A cet instant, ce que j’ai vu m’a aussi surpris. Il tenait l’avocat TCHEKPI dans ses bras et le consolait. Puis arrivé au niveau des GP (Gardiens de la Paix, ndlr) il me demande ceci : «Eugène qui est derrière tout ça ?». Je lui ai répondu : « Tout n’est pas fini. Don’t loose hope. DIEU EST GRAND ».

J’imagine que vos proches ont été secoués par votre lourde condamnation ?

Eugène Atigan: Bien sûr. Ma femme (qui est aux USA, ndlr) a fait une crise quand elle a eu l’information, d’abord sur internet et après en appelant sa sœur à Lomé pour confirmation.

Voyez-vous c’est comme ça, des gens se permettent de détruire la vie des autres. Qui sait, peut-être sous peu, elle ne sera que la mère de mon enfant ; et je ne l’en voudrait pas. Heureusement qu’on en est pas encore là.

Comment vit-on en prison au quotidien, quand on sait qu’on en a pour longtemps ?

Eugène Atigan: L’espoir est une grande force. Dans tous les cas je prends l’espoir comme ami et comme compagnon. Je vis tous les jours avec la ferme conviction que demain je sortirai et ainsi de suite.

L’autre force, c’est le soutien de l’entourage et celui de la famille. La vraie famille ! Pas forcement ceux avec qui j’ai le même patronyme ; mais aussi les fidèles amis qui me rendent visite. Cela parait banal quand on est en liberté, mais en milieu carcéral, quelqu’un qui vient, ne serait-ce que pour te dire bonjour, cela fait un grand bien. Aussi, il ne faut jamais cesser de faire ses projets ; qui sait, peut être c’est par toi que Dieu veut libérer et ouvrir les yeux à tout un peuple. Pour moi, aucun projet n’est utopique, avec la volonté, la détermination et la prière à Dieu. Sans oublier que la personne humaine est sacrée, vous ne serez pas loin d’un MANDELA. À la différence que vous ne ferez autant d’années en prison que lui.

Parallèlement, les histoires de Joseph et de Job dans la Bible me fortifient tous les jours.

Très bientôt, je serai dehors et vous verrez la gloire de Dieu dans ma vie. Heureusement que j’ai pourvu en cassation dans le délai légal et Dieu est à l’œuvre.

A quel moment de la journée sentez-vous le poids de l’isolement ?

Eugène Atigan: La nuit, il m’arrive de chialer et après je me sens trop bien. C’est pour moi une thérapie.

Qu’est-ce qui vous manque le plus en prison ?

Eugène Atigan: Ne vous y trompez pas, ce n’est pas comme ce que vous voyez dans les films. Ici tout vous manque et par moment vous semblez n’avoir pas la Vie, mais seulement une existence. C’est l’image d’un cimetière où il est possible de parler avec les vivants, c’est-à-dire ; ils viennent vous voir ; échanger avec vous et après, basta !

Qu’est-ce qui vous y met le plus mal à l’aise ?

Eugène Atigan: Le manque d’espace, le manque d’hygiène et surtout le sentiment d’être INUTILE à la société. Je suis du genre battant et je ne reste pas surplace. Dehors, je faisais la télé, je dirigeais ma société; je faisais dans la communication, dans le négoce et la représentation et je faisais aussi du consulting sur le net ; je ne dormais pas plus de 4 heures de temps par jour… Mais au jour d’aujourd’hui, me voilà cloué sur place. C’est terrible la vie ! Toutefois, grâce à Dieu, je prends cela comme la plus grande et efficace université de la vie.

Que faites-vous pour garder le moral ?

Eugène Atigan: Chaque fois que Dieu me fait la grâce de me renouveler mon souffle de vie, après ma prière quotidienne, je retrouve un moral impressionnant.

Nous sommes dans une nouvelle année; quels sont vos vœux?

Eugène Atigan: Sortir de l’UPCL (Université Prison Civile de Lomé) au plus vite avec mon casier judiciaire légitimement blanc comme neige.

Aussi voudrais-je que le Togolais cessent d’alimenter des rumeurs et cherchent à aller à la source des informations. L’un de mes vœux également, c’est qu’on cesse au Togo des réactions nulles. L’amitié ce n’est pas dans la bouche, c’est dans les épreuves de la vie qu’on reconnaît, non pas seulement les vrais amis, mais aussi et surtout les vrais HOMMES.

Je voudrais vous racontez une anecdote : j’ai un grand ami pour qui j’ai une grande considération et pire, il me doit de l’argent dans cette épreuve. Cependant, il n’est jamais venu me rendre visite et un ami commun à nous deux est venu me voir. J’ai demandé d’après lui et on me raconte qu’il dit qu’il a peur et que mon problème est délicat. Donc, il ne fallait pas que l’ami en question qui m’a rendu visite m’approche. Et un autre dit à un ami encore qu’en fait : «Eugène, je ne le connais pas personnellement… Je le vois aussi à la télé comme tous les Togolais…». Oubliant que je lui ai introduit cet ami commun pour un boulot et qu’on est parti à plusieurs reprises, manger chez lui à la maison.

Moi, je ne sais pas de quoi on peut accuser, ne serait-ce qu’une connaissance à moi et je ne lui rendrai pas visite, si je n’ai rien à me reprocher.

Au regard de votre « expérience », que pensez-vous du système judiciaire togolais ?

Eugène Atigan: Ce serait prétentieux pour ma part de le juger. Mais ce que tout le monde dit ici, en prison, c’est que le système judiciaire au Togo se laisse téléguider, embrigader, automatiser, dépendant ; au point qu’on se demande s’il peut y avoir un vrai pouvoir judiciaire au Togo. Pour ma part, je crois que la modernisation de la justice togolaise ne doit pas être seulement des ordinateurs neufs, des locaux neufs, mais plutôt la traduction dans les faits des séminaires et autres ateliers de renforcement de capacités sur la vie des justiciables, afin qu’en prison, les prévenus ne soient métamorphosés au triple cas de ce qu’ils étaient avant leur emprisonnement, ou avoir plus de condamnés qu’on ne devrait avoir, du fait de certains dysfonctionnements judiciaires.

Avez-vous d’autres voies de recours ?

Eugène Atigan: La Cours Suprême que je viens de saisir avec mes avocats, ne peut ne pas voir les violations dont j’ai été l’objet, et la procédure atypique par laquelle on a tenté de salir mon casier judiciaire aux assises, et se taire comme ça. J’y crois fermement.

Demander la grâce présidentielle ; est-ce que vous y pensez ?

Eugène Atigan: Si, mais du moment je suis persuadé que la Cours Suprême me fera justice et fera rendre ma liberté et celle de mon coaccusé, vous comprenez que je n’en aurais pas besoin.

Et si vous êtes libéré du jour au lendemain, quel acte poseriez-vous en premier ?

Eugène Atigan: Rire. Je le garde secret, mais avant toute chose je rendrai grâce à Dieu pour le bien qu’il m’a fait. Je lui dirai que je suis persuadé que tout concours au bien de ceux qui aiment Dieu.

Allez-vous retrouver le micro et la caméra ?

Eugène Atigan: Absolument, c’est ma passion. C’est mon monde et je serais l’un des plus grands défenseurs des droits humains sur la planète terre.

Source: Pipo Magazine n° 002 du 31 janvier au 13 février 2012

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