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Faits divers

Fait divers : Piégé par le hasard

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René était de ceux que les joueurs de la loterie connaissaient sous le nom de collecteur. Ses clients l’appréciaient beaucoup parce qu’il était aimable mais surtout parce qu’il leur proposait souvent des chiffres pour les paris, et ces chiffres gagnaient souvent. Les habitués de son agence ramenaient des amis, eux aussi mordus du jeu, et ainsi la clientèle de René augmentait de jour en jour.

Aucune des trois autres agences du quartier ne tenait le coup face à la concurrence de René. Les militaires du camp voisin, tous venaient chez lui. Les affaires marchaient à merveille. Mais comme l’être humain est insatiable, le succès de notre ami ne l’a pas empêché de chercher un moyen pour gagner encore plus. Il s’est alors donné comme jeu de sélectionner certains chiffres que lui-même estimait ne pouvoir jamais gagner. Ah oui, il s’y connaissait en matière de combinaisons gagnantes! Une fois ces numéros trouvés, notre ami les donnait à jouer aux clients. Les gens misaient de grosses sommes. Et René lui, il gardait l’argent sans envoyer les paris. Il s’en sortait facilement.

Depuis qu’il a commencé ce manège, personne ne s’était plaint. Aucun de ceux à qui il donnait les chiffres n’avait encore gagné. Ne se doutant de rien, les parieurs continuaient à lui demander chaque semaine conseil.

Un jour, René proposa encore des numéros à un ami qui se trouvait être un militaire. C’était du Three Nap, comme on le dit dans le jargon de la loterie. Il rassura le militaire que la mise serait fructueuse et qu’il pouvait y mettre tout ce qu’il pouvait. Nous étions au début du mois et le client avait un peu d’argent. Il misa gros. Vraiment gros. René fit le même trucage comme à son habitude. Il détourna et dépensa l’argent, au lieu de le miser. Le jour-là, sa femme lui fit d’ailleurs un bon plat de fufu.

La date des tirages arriva. L’homme ne s’inquiétait même pas du tournant que pouvaient prendre les évènements. Il était sûr qu’il n’y aura pas de gagnant. Et pourtant, contre toute attente, les numéros gagnants étaient exactement ceux qu’il avait donnés au militaire. Quelle malchance! Pour un Three Nap, la mise devrait rapporter cinq cent mille francs au militaire.

Quand il se rendit compte du résultat, René faillit s’évanouir. Il passa trente minutes à regarder en l’air, l’esprit vide et confus. Il n’osa pas ouvrir son agence. Que pouvait-il dire pour convaincre le militaire? Aucune bonne idée ne lui venait en tête. Il réfléchit, réfléchit et réfléchit encore mais, rien. Un vrai cauchemar. La nuit, il ne trouva pas le sommeil. A sa femme qui s’inquiétait de le voir si bizarre et malade tout d’un coup, il ne donna aucune explication.

Tôt le surlendemain, il était encore plongé dans ses réflexions, assis sur le lit, lorsqu’on frappa brutalement à la porte. Sa femme alla ouvrir. Facile de deviner qui était là, les yeux rouges, une cordelette à la main. Le militaire était dans tous ses états. René fonça calmement dans la chambre à coucher, passa une chemise, sauta par la fenêtre puis escalada le mûr pour tomber de l’autre coté de la maison.

Personne ne le revit jusqu’à ce jour dans le milieu. Il passa 16 années au Ghana avant de revenir au pays.
Chers amis de Togoportail, ce René, c’est moi-même, l’homme qui vous a raconté cette histoire.

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