Justice

Interview exclusive : Maître Jil-Benoit Kossi AFANGBEDJI

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Dévoué pour la promotion des Droits de l’Homme et la défense des plus faibles, Maître Jil-Benoit Kossi AFANGBEDJI a été nommé à la Cour Pénale Internationale (CPI) en tant qu’avocat défenseur. Nous sommes allés à sa rencontre pour mieux saisir le sens de son engagement en tant que juriste au profit des plus faibles et au sein de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT-TOGO).

Pour commencer, dites-nous Maître, les études que vous avez faites.

Après mon Baccalauréat en Lettres et Philosophie au Lycée de Vogan, j’ai poursuivi mes études d’abord, à l’Université du Bénin à l’époque, actuellement Université de Lomé. J’ai fait une Maîtrise en Droit Privé en 1994, un certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat (CAPA) puis un Diplôme d’Etudes Approfondies (DEA) en Droit et Politique de l’Environnement en 1998. J’ai ensuite poursuivi mon cursus à l’Institut des Droits de l’Homme de l’Université Catholique de Lyon en France où j’ai obtenu un Diplôme d’Etudes Approfondies en Fondements des Droits de l’Homme en 2003.

Vous êtes le premier Togolais à accéder à la Cour Pénale Internationale. Votre sentiment à l’annonce de cette nomination?

C’est un sentiment d’allégresse et d’immense joie qui m’a animé dès que j’ai eu l’information. C’est le lieu de dire merci au Seigneur Tout-puissant pour tout ce qu’il a fait pour moi, car sans lui je ne serais pas là où je suis aujourd’hui. Grand merci également à tous ceux qui m’ont soutenu par leur prière. Je n’oublie pas tous les défenseurs des Droits de l’Homme de par le monde entier.

Qu’est-ce qui selon vous a milité en votre faveur?

Je suppose que c’est mon dévouement et mon engagement pour la défense et la promotion des Droits de l’Homme dans notre pays. Il faut aussi rappeler que mes compétences et expériences antérieures ont concouru à cette promotion. Je dirai tout simplement que c’est le fruit de mon combat de tous les jours.

Votre nomination accorde sans doute du crédit au barreau togolais!
Pourquoi parlez-vous de doute?

Le barreau togolais est composé des meilleurs avocats dont je suis issu. Tout le barreau est forcément fier de moi. Je dédie d’ailleurs cette nomination à tout le barreau togolais et à tous les défenseurs des Droits de l’Homme du Togo, d’Afrique et du monde entier.

Vous êtes admis à la Cour Pénale Internationale en tant qu’avocat défenseur. Travaillerez-vous pour les victimes ou plutôt pour les accusés?

A la Cour Pénale Internationale, on défend trois catégories de personnes: les victimes, les accusés et les suspects. En tant qu’avocat, j’ai la possibilité de défendre ceux que je veux en tenant compte de mon engagement et de mes convictions. Je compte défendre ceux qui comparaissent devant la Cour, une fois que mes convictions me le permettront. Chaque individu a besoin de la défense. Ce droit est sacré. C’est pour vous dire qu’à la Cour Pénale Internationale, j’aurai la latitude de défendre les trois catégories de personnes dont je viens de vous parler.

Actuellement le cas du président Laurent Koudou Gbagbo est sur le tapis. Ne pensez-vous pas que les officiels ivoiriens ont trop osé?

Tout ce que vous ferez dans ce monde finira par vous rattraper, que vous le vouliez ou non. C’est ce qui arrive malheureusement à l’ex président Laurent Koudou Gbagbo. Il faut que les chefs d’Etat, surtout ceux africains, prennent la mesure de la chose et qu’ils tirent les leçons de ce qui arrive à ce dernier. L’ère de l’impunité est révolue.

Et si Laurent Gbagbo vous demandait de le défendre. Accepteriez-vous de le faire?

Il faut reconnaître sans ambages que monsieur Laurent Gbagbo est une personne humaine qui a aussi besoin d’être défendue. Il a donc forcément ce droit à la défense qui est sacré et inviolable. Il n’y a que l’avenir qui nous montrera la voie.

Que pensez-vous de ceux qui estiment que la Cour Pénale Internationale est exclusivement réservée pour la poursuite des Africains?

Je ne le crois pas. Actuellement, beaucoup d’enquêtes sont en cours sur les crimes commis sur les autres continents. Je puis vous assurer que ce n’est pas seulement les Africains qui sont poursuivis par cette Cour.

Selon-vous, pourquoi le Togo refuse-t-il de ratifier le Traité de Rome?

Le Togo est libre de le ratifier ou de ne pas le faire. La Côte d’Ivoire ne l’a pas fait mais aujourd’hui, Gbagbo est dans le filet de la CPI. C’est vrai que pour le moment, il n’est qu’un présumé coupable jusqu’au jour où le procès va établir sa culpabilité ou non. Si le Togo ne signe pas ce traité, ce n’est pas encore un problème. Lorsque la Cour sera saisie sur certains cas de violations des Droits de l’Homme au Togo, à l’instar des tortures, des génocides ou autres crimes, leurs auteurs répondront.

Si vous étiez le ministre des Droits de l’Homme dans notre pays, qu’est-ce que vous auriez changé dans le domaine?

D’abord, je vais permettre que la Justice togolaise soit indépendante et impartiale, que les richesses de notre pays soient équitablement redistribuées entre les citoyens togolais. Ensuite, je vais me battre pour mettre fin aux répressions des manifestations de l’opposition, des étudiants et des élèves. Enfin, je vais garantir une véritable liberté d’expression et de presse, veiller au respect des Droits de l’Homme, surtout celui des travailleurs après la retraite, sans oublier les allocations familiales. Décourager ceux qui pillent les richesses du pays sans êtres inquiétés et faire d’autres choses encore allant dans le sens du renforcement du bien-être social.

Lors de l’assemblée paritaire ACP-UE, le chef de l’Etat togolais a souhaité qu’on institue une Cour Pénale Africaine. Qu’en pensez-vous?

C’est un choix qu’il a fait. Chaque chef d’Etat a son avis sur un sujet. On ne peut pas le lui refuser.


La Ligue Togolaise a dressé son rapport 2011 sur les Droits de l’Homme au Togo mais les autorités le remettent en cause. Avez-vous un commentaire?

Je suis désolé que le gouvernement réagisse ainsi. Je suis de tout cœur avec mes collègues de la Ligue. Le rapport dressé relate ce qui s’est passé au Togo en matière de violations des Droits de l’Homme à l’instar des tortures qui ont eu lieu à l’Agence Nationale de Renseignements dans le procès Kaptcha GNASSINGBE et ses coaccusés. La séquestration des opposants dans leur domicile, la répression des manifestations de l’opposition, des étudiants et des élèves… Vous êtes de la presse, vous ne me direz pas que ce rapport est faux. Il faut que nos autorités soient conscientes de ce qui se passe et prennent leurs responsabilités.

Un mot à l’égard de vos confrères.

Je les encourage à continuer le combat que nous avons choisi de mener en défendant les veuves et les orphelins tout au long de notre vie. C’est vrai que nous courons pas mal de risques mais c’est un choix que nous avons fait. Je convie mes confrères à me soutenir dans cette nouvelle responsabilité à laquelle j’accède.

Maître, pour terminer, avez-vous des vœux à l’égard du peuple togolais?

Je souhaite mes vœux les meilleurs à tout le peuple. A ce peuple meurtri, je formule mes vœux de santé, de réussite et de persévérance. Je pense notamment à tous les acteurs politiques, aux acteurs de la société civile et à toutes les autres couches sociales. Mes vœux les meilleurs également à toute ma famille, à tous mes clients, à tout le personnel de mon cabinet, sans oublier tout le personnel de Togoportail. Faites-nous plus rire, parce que nous en avons besoin.

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