Enquêtes & Interviews

Interview!!! Pathétique révélation du citoyen, militaire hier, civil aujourd’hui

Advertisement

Il était sous-officier de l’armée togolaise. Réformé et s’étant réinséré dans la vie civile comme cireur et réparateur de chaussures, il a accepté livré, sous couvert d’anonymat, le récit de son expérience.

A quel âge avez-vous intégré l’armée?

Je suis renté dans l’armée à l’âge de 19 ans en 1988. J’étais para commando à la RPC, le régiment para commando.

Avez-vous servi longtemps sous les drapeaux?

J’ai fait 19 ans avant d’être remercié. Ce n’est pas de mon propre gré que j’ai quitté l’armée.

Vous estimez donc que vous avez été réformé injustement?

A chaque fois que je me rappelle ce qui s’est passé, ça m’énerve. J’étais logé au camp et il y avait deux étudiants qui venaient demander de temps en temps de l’eau pour leurs besoins. Je leur en donnais. Des gens sont allés raconter à mes chefs que je vendais l’eau. J’ai été convoqué, mais comme tout était faux, j’ai démenti les accusations. On ne m’a pas compris. J’ai été réformé à cause de ça et depuis 2009, je suis devenu un civil jusqu’à ce jour.

Quel grade aviez-vous avant cet incident?

J’étais adjudant-chef.

Avez-vous au moins perçu vos droits?

Oui, j’ai obtenu quelque chose, mais combien ils peuvent me donner pour me permettre de vivre toute ma vie? C’est la question qu’il faut se poser.

Comment survivez-vous alors?

Je suis devenu cordonnier. Vous savez, j’ai quarante ans aujourd’hui. J’ai dû apprendre ce métier grâce à un ami.

Etre passé d’adjudant-chef à cordonnier. Que ressentez-vous dans cette situation?

Que voulez-vous? Je n’ai pas le choix. Au moins, j’arrive à satisfaire à quelques petits besoins au quotidien. J’arrive à trouver parfois entre 2000 et 3000F par jour. J’ai choisi ce métier parce que c’est facile à maîtriser et il permet rapidement de joindre les deux bouts.

On dirait que vous avez fini par vous faire à votre nouvelle vie.

Je ne vis pas comme cela se doit mais je gère tant bien que mal chaque jour que Dieu fait.

Avez-vous une femme et des enfants?

Vous me rappelez des choses très tristes. Ma femme est décédée en 2005 après une opération de fibrome. L’opération terminée, elle souffrait encore. Je l’ai donc ramenée à l’hôpital et tenez-vous bien, les docteurs avaient oublié leur bistouri dans son ventre et cela a entraîné des complications. Finalement, elle est morte. Elle m’a fait un enfant qui a aujourd’hui 18 ans. Il est avec ma mère au village, parce que je n’ai plus les moyens pour subvenir à ses besoins.
Difficile de refaire sa vie après ça! Je ne rêve même pas d’engager une nouvelle femme. Qu’est-ce qu’elle va manger? Je ne veux plus me lancer dans une aventure.

Revenons à votre parcours dans l’armée. Quel souvenir en gardez-vous?

Il y a des moments que je ne peux pas oublier. Je me rappelle comment nous avons massacré les 05, 06 et 07 janvier 1995, lorsque des agresseurs ont attaqué le Togo à la frontière. Bon, je reconnais aussi avoir violenté des pauvres gens qui manifestaient après le décès de Gnassingbé Eyadema en avril 2005.

Que pensez-vous aujourd’hui de ces évènements?

Le passé, c’est la passé. Ceux qui ont lancé les cailloux ne nous faisaient pas des cadeaux non plus. Notre mission en tant que forces de défense, c’est de mourir ou gagner le combat.

Seriez-vous tenté de réintégrer l’armée si c’était possible?

Non! Je pense avoir servi mon pays loyalement. Laissons la place à d’autres aussi de faire leurs preuves.

Lorsque vous rencontrez vos anciens collègues d’arme, comment ça se passe?

On se dit bonjour ou bonsoir et ça s’arrête là. Il y en a certains qui me demandent même de leur payer une bière.

Avez-vous un message particulier à passer?

Je demande tout simplement aux bonnes volontés de m’aider à trouver un petit boulot même si c’est dans le gardiennage. On peut me joindre par votre portail. Merci.

Entretien réalisé par Stéphane Afekson

Togoportail, toute l’information à votre portée

Advertisement