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Justice

Echos du Palais de Justice/Le temps du grand déballage : Kpatcha Gnassingbé nie les faits

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Comparu hier, le député Kpatcha Gnassingbé, au cours de son audition, a réclamé son immunité parlementaire. Mais comme on pouvait s’y attendre, le Président du Tribunal a rejeté cette exception soulevée par Kpatcha et ses avocats. Les Conseils ont par ailleurs, soulevé une exception demandant au Ministère Public de présenter le corps du délit. Sur ce point, le Ministère Public n’a présenté seulement qu’une clé USB qui contiendrait le fameux plan d’attaque et les communiqués qui devraient être lus après le coup d’Etat. Le plan et la clé USB présentés n’étant pas scellés, les avocats ont demandé qu’ils soient purement et simplement écartés du débat.

Il faut rappeler, avant toute chose, que Kpatcha n’a pas reconnu les faits qui lui sont reprochés. Il a rappelé à la Cour que sa déposition a été déformée et qu’il y a eu des rajouts qu’il ne reconnaît pas. D’où viennent ces rajouts, nul ne saurait le dire. Pour ce faire, les avocats ont demandé que cette déposition tronquée soit également retirée.

Ensuite, Kpatcha a donné sa version des faits tels que les événements se sont produits la nuit du 12 au 13 Avril 2009.
Pour le député, il s’agissait, ni moins ni plus, d’une tentative de son élimination physique.

A propos du coup d’Etat, il a avoué que c’était plutôt Bawa, fonctionnaire à l’Ambassade des Etats-Unis d’Amérique au Togo qui l’a informé que, selon les services de renseignements américains, un groupe d’officiers supérieurs prépareraient un soulèvement en l’absence du Chef de l’Etat et que le Général Titikpina, le Colonel Massina et le Lt-Colonel Yark auraient également l’intention de renverser le pouvoir. C’est pourquoi, a rappelé Kpatcha, il a contacté le Capitaine Atti pour que, si l’événement se produisait, qu’ils puissent avoir la situation en main.

M. le Président j’ai fait la connaissance de M. Bawa à l’Ambassade des USA. C’est Sassou qui me la présenté en me disant qu’il souhaiterait me voir.

«J’ai dit à Bawa de garder contact avec Essolizam. Un jour Esso vient me dire que Bawa veut me voir. Je lui dis qu’il n’a qu’à venir. Quand Bawa est venu, il m’a dit qu’il y a un groupe d’officiers togolais qui préparent un coup de force, pardon il m’a parlé d’abord de soulèvement pour après prendre le pouvoir. J’ai posé cette question à Bawa : «d’où vient cette information ?» Il m’a dit que cela vient des services secrets américains. Je l’ai remercié. Je vous dis que immédiatement j’ai rendu compte au Président de la République, je lui dis voilà ce que je viens d’avoir comme information.
Quelques jours après, Bawa revient pour me dire qu’il y a une liste de groupe de personnes autour du président Faure impliqués dans la drogue et le blanchiment d’argent. Bawa m’a remis 3 listes. La première question que j’ai posée à Bawa : «Est-ce que le président est au courant ?» Il m’a dit que le président est informé par voie diplomatique. Je dis : «bon, ça va».
Quelque temps après Bawa demande à me voir et me dit que le groupe d’officiers quand il va passer à l’acte estime que je peux le défendre et j’ai dit à Bawa : «que tu m’as dit que le groupe d’officiers veut prendre le pouvoir par un soulèvement. Donc j’attends, ils n’ont qu’à passer à l’acte et moi aussi je verrai ce que je vais faire». Mais je tiens à préciser que j’ai porté l’information au président de la République et à mon frère, le Colonel Rock.
Dans le mois de mars, nous avons veillé jusqu’à 4 heures du matin, le 30 mars 2009, parce que Bawa a appelé Esso que le groupe d’officiers composé de Titikpina, Massina et Kadanga sont prêts pour l’opération. On a veillé jusqu’à 4 heures du matin, il n’y avait rien. Esso revient me voir pour me dire de dire à Bawa qu’il faudra aller très vite et je le mets en garde que Bawa m’avait dit que Atti faisait partie du groupe. Bawa savait que Atti venait à Lomé, il avait piqué l’information chez Atti…

«Mais finalement, j’ai senti que c’était plutôt quelque chose de louche. Et j’ai envoyé un émissaire dire à Atti de tout annuler. Car c’était un piège du Général Titikpina qui n’a pas marché. J’ai senti que Bawa qui jouait à l’espionnage, travaillait pour lui. Bref, l’affaire du coup d’Etat qu’on évoque tant n’est qu’un canular. C’était un mensonge cousu du fil blanc», a laissé entendre le député Kpatcha très serein.

Concernant les armes, les munitions et les deux jeeps saisis, Kpatcha a fait savoir qu’ils ont été enregistrés. Certains matériels étaient, selon lui, mis à sa disposition lorsqu’il était ministre de la défense. C’était un échantillon d’un armement offert par le Soudan au Togo. Il a laissé entendre également que certains armements étaient l’héritage de son père ; et d’autres encore de sa propre collection notamment les fusils de chasse. «J’aimais beaucoup la chasse», a rappelé le député de la Kozah.

L’ancien ministre de la Défense Kpatcha a demandé expressément la convocation de Bawa, le cerveau de cette machination pour tirer au clair cette affaire. Il a rappelé que, au niveau du Juge instructeur ou enquêteur, il a évoqué le rôle trouble joué par Bawa dans cette affaire. Mais, en réponse, les juges lui ont toujours dit que ce dernier est en fuite alors qu’il circule, sans être inquiété, à Lomé.

Pour leur part, les conseils aussi ont demandé la convocation du Général Titikpina, du Lt-Colonel Yark, Béréna, Katanga, Zakari Nandja et du tortionnaire Colonel Massina comme témoins.

Sur ce point, la Cour a pris acte et a demandé à l’accusé de rejoindre sa place. Mais avant de rejoindre le box des accusés, il a demandé pardon et a sollicité que le Président de la Cour Suprême intercède auprès du Chef de l’Etat pour que cette affaire puisse trouver un dénouement heureux.

Source: Le Changement n° 292 du 08 septembre 2011

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